De la même période
Rome Républicaine
|Déplier Analyses
|Déplier Documents
De la même région antique
Sicile
|Déplier Analyses
|Déplier Documents

  Rome Républicaine   :|:   Document

Denier de Sextus Pompée avec navire et phare (var.)

réf. : fr.1958.2019 | 19 mars 2019 | par Francis Leveque
monnaies | 3e quart du Ier siècle av. J.-C.
Sicile ( Italie )
Twitter Twitter

Monnaie de propagande au profit de Sextus Pompée alors qu’il exerce un blocus sur Rome depuis la Sicile, le message menaçant de l’image sur les deux faces est un avertissement clair à l’encontre d’Octave émis au zénith de la puissance de Sextus.

Denier d’argent coulé de 18 mm de diamètre, pesant 3,80 g.

Nom de l’atelier : Sicile

Date : 42-39 av. J.-C.

Recto :

MAG PIVS IMP ITER
Traduction : Magnus Pius Imp(erator) Iter(um)
([Pompée] le Grand, pieux, imperator pour la deuxième fois)

Description : Phare de Messine, surmonté d’une statue de Neptune casqué, tenant un trident de la main droite et un gouvernail de la main gauche, plaçant le pied gauche sur un éperon trident ; devant, galère à gauche avec aquila (aigle de la légion) au sommet d’un mat à la proue ; sceptre avec une corde attachée et un trident oblique à la poupe ; autour, inscription.
Bordure perlée.

Verso :

Texte : PRÆF•CLAS•ET•ORÆ•MARIT•EX•S•C autour
Traduction : Praef(ectus) clas(sis) et orae marit(imae) ex s(enatus) c(onsulto).
(Préfet de la flotte et de la côte maritime par décret du Sénat)

Description : Le monstre marin, Scylla, brandissant des deux mains un gouvernail au-dessus de sa tête, ses 3 chiens attachés par une laisse à sa ceinture ; autour, inscription.
Bordure perlée.


Obv. : Pharos (lighthouse) of Messana, atop which statue of Neptune, helmeted, holding trident in r. hand and rudder in l. hand, placing l. foot on prow ; before, ship l., with aquila in prow and scepter with fillet on stern ; around, [MAG.PI]VS.IMP.ITER. Border of dots.
Rev. : Scylla, wielding rudder with both hands ; around, PRAEF.CLA[S.ET.ORAE.]MARIT.EX.S.C (AE, AE and MAR in ligature). Border of dots.


Commentaire :

Sextus Pompée est le fils cadet du grand Pompée. Il a survécu à la bataille de Munda en 45 où son frère Cnaeus trouva la mort. Il continue la lutte et obtient même des succès en Bétique contre Asinius Pollion début 44, ce qui lui permet d’être salué imperator par ses troupes.

Après l’assassinat de César en mars 44, auquel Sextus Pompée n’a pas participé, et sur demande de Lépide, le Sénat Romain le nomme préfet de la flotte de la République et des côtes romaines, et l’autorisa à établir la base militaire de sa flotte puissante à Marseille ! Quatre mois plus tard, à la demande d’octave, le Sénat déclare Sextus Pompée « ennemi public ».

Puis Sextus Pompée prend le contrôle de la Sicile en 43. Il obtient une victoire navale importante contre la flotte d’Octave commandée par Salvidienus en 42 au large du promontoire de Scyllaeum [1]. Il devient maître de la Méditerranée et fut même surnommé le « fils de Neptune ».

Sextus Pompée intercepte alors les navires de ravitaillement de blé à destination de Rome. Il réussit à rassembler une importante flotte et s’empare de la Corse-Sardaigne et de la Sicile en 41 av. J.-C.

Après avoir été écarté du pacte de Brindes, mais Sextus Pompée est intégré au traité de Misène. Une courte trêve est trouvée en 39 et il devient officiellement gouverneur de la Sicile, de la Sardaigne, de la Corse, et de l’Achaïe. Mais les hostilités reprennent l’année suivante. malgré une deuxième victoire sur Octave à Messine, devant le promontoire du Scyllaeum, Sextus Pompée est ensuite battu par Octave et Agrippa lors de la bataille de Nauloque en 36 av. J.-C. Après avoir pris la fuite vers l’Orient, à Milet, il est assassiné l’année suivante en Bithynie, sur l’ordre de Marc Antoine.

Le navire est orienté à gauche, ce qui doit avoir un sens politique. Sur d’autres monnaies Sextus Pompée fait ce choix d’orientation. Son frère Cnaeus avait également fait ce choix.
Neptune au sommet du phare pose le pied sur un éperon orienté à droite. Il dispose du symbole de son pouvoir sur la mer : le trident. Et il tient fermement un gouvernail pour montrer qu’il inspire les manoeuvres des timoniers.
Les monnayages d’Octave continuaient de présenter des proues à droite. Le message politique est clair : celui qui avait fait le choix des proues à droite a été vaincu par Neptune qui basais sa force sur ses galères orientées à gauche. Donc le vaincu est Octave tandis que tout le monde comprend que Sextus Pompée célèbre sa victoire.

Au revers le monstre Scylla présente une dynamique menaçante. Ses trois chiens interviennent devant lui. Il a le regard à gauche, comme s’il surveillait quelque chose qui proviendrait de cette direction, en se déplaçant vers la droite. Il tient un gouvernail de ses deux mains derrière sa tête. Il est prêt à frapper avec ce gouvernail sur tout ceux qui passeraient à sa droite.
Manifestement, l’auteur lance un avertissement aux navires se déplaçant de gauche à droite, c’est à dire aux navire d’Octave qui a choisi de conserver cette orientation dans sa propagande. Scylla déchaine sa fureur ou l’a déjà fait, et il veille sur son espace marin. C’est lui le maître des navires dans sa mer, c’est lui qui se sert des gouvernails pour frapper ses adversaires (les gouvernails symbolisent le navire entier, et la qualité de ses capacités de manoeuvre).

Le message de Sextus Pompée à Octave est clair. Sextus a remporté une victoire grâce à Neptune qui a maîtrisé la manoeuvre, et le monstre Scylla s’apprête à lui détruire ses bateaux s’il tente de s’approcher.

Le navire de guerre présente une rangée de 12 rames qui masquent la coque. Elles semblent sortir du navire au niveau du plat-bord ce qui laisse penser à un navire léger.

A la proue, on distingue un éperon (un éperon trident sur les autres modèles) dans l’axe d’une préceinte qui passe sous les rames. L’éperon n’est pas dans la continuité de la quille car la coque concave se poursuit au dessous.
A mi-hauteur de l’étrave dépasse un proembolon dans la continuité d’une préceinte haute qui passe également sous les rames. Mais on aperçoit un trait vertical juste devant les rames, qui relie cette préceinte au plat-bord. Son interprétation est difficile car on manque de détail, peut-être un bossoir, c’est à dire un support pour une ancre.
Le sommet de l’étrave est surmonté d’un faux-stolos qui protège le pont.
Dans l’espace du bordé, entre la préceinte haute, l’étrave, le plat-bord et les rames, un triangle représente une décoration particulière : un oeil apotropaïque sensé protéger le navire et lui donner vie.

La poupe observe une courbure qui l’élève haut au dessus du pont. Elle permet d’y fixer un aplustre composé d’un disque au dessus duquel 5 branches volent au vent. Un globe semble terminer chaque branche.
Une hampe est fixée verticalement. Il semble qu’une corde ou un feuillage s’enroule autour. Une corde est nouée et forme un 8. Souvent interprétée comme un sceptre, il peut s’agir d’une enseigne.
Le trident qui dépasse de la poupe montre que Neptune protège le navire et inspire ses manoeuvres, comme si le dieu était lui-même le timonier.
Le gouvernail est représenté complet, même avec le levier manipulé par le timonier.

Sur le pont on distingue à l’avant une structure composée de 3 piquets verticaux surmontés d’un globe, et reliés horizontalement par 2 poutres. Une hampe torsadée sert de support à un aigle. Cette structure est clairement posée sur un abri dont la forme est fréquente sur les monnaies romaines.
Sur cet exemplaire, au centre du pont, au dessus du plat-bord, dépassent 10 traits verticaux surmontés d’un long trait horizontal. J’ai d’abord pensé à une structure fixe comme un pont de combat surélevé. Mais à y regarder de plus près on semble distinguer quelques volumes sur ces traits verticaux. Ils ressemblent à des silhouettes de rameurs, d’autant qu’ils sont disposés chacun devant une rame. Il manque deux rameurs mais représenter le nombre complet aurait surchargé le dessin à l’avant et aurait masqué l’abri de proue.
Le trait horizontal est plus difficile à interpréter. Il apparaît sur d’autres exemplaires sans les silhouettes de rameurs. On ne peut affirmer qu’il s’agisse de préférence d’un abris ou du mat rabattu.


[1Dion Cassius, XLVIII,18 ; Appien, Guerres civiles, IV, 85

           

Bibliographie :

  • B. Woytek, Mag Pius Imp Iter. Die Datierung der sizilischen Münzprägung des Sextus Pompeius, in JNG, vol. XLV
  • D.R. Sear, The history and coinage of the Romans imperators (49-27 BC) (CRI), Spink and Son Ltd , n° 333
  • E. BABELON, Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine (B), Rollin et Feuardent, Paris et Londres , 1885-1886, n° 22-23, Pompeia
  • H.A. Gruber, Coins of the roman republic in the British Museum (BMC/RR), Londres , 1910, n° 18-20
  • M.H. Crawford, Roman Republican Coinage (RRC), Cambridge , 1970, n° 511/4a
  • H. A. Seaby, Roman silver coins (RSC) , 1978-1987, n° 1a
  • A. Powell, K. Welch , Sextus Pompeius, Duckworth, Londres , 2002
  • S. Estiot , Sex. pompée, la Sicile et la monnaie. Problème de datation, in Aere perennius : en hommage à Hubert Zehnacker (2003), Presses de l, Paris , 2006
  • Y. Le Bohec, Histoire des guerres Romaines : Milieu du VIIIe siècle avant J.-C. – 410 après J.-C., Tallandier , Paris , 2017
  •