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Denier de Nasidius pour A. Pompeius Bithynicus
réf. : fr.1619.2019 | 12 mars 2019 | par Francis Leveque
monnaies | 3e quart du Ier siècle av. J.-C.
Sicile ( Italie )
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La datation de ce denier est très discutée. Mais en reprenant tous ses détails et ceux du denier à la naumachie, c’est un autre scenario qui peut être avancé et la datation peut êtr affinée.

 

Denier d’argent coulé de 18 mm de diamètre, pesant 3,92 g.

Nom de l’atelier : Sicile

Date : 43 av. J.-C.

Recto :

NEPTUNI
Traduction : Neptune
Description : Tête nue à droite de Pompée le Grand, trident vertical devant le visage, texte derrière et dauphin sous la nuque

Verso :

Texte : Q. NASIDIUS
Traduction : Quintus Nasidius
Description : Galère à droite aux voiles gonflées par le vent. Le capitaine se tient debout sur la proue et, à la poupe, on voit le timonier. Dans le champ, à gauche, une étoile et, à l’exergue, Q Nasidius.

Commentaire :

Lucius Nasidius, père de Quintus, a participé, avec une flotte de seize navires, au soutien maritime que Pompée le Grand, surnommé Neptune depuis sa victoire sur les pirates, a apporté à Marseille pendant le siège de César en 49 av. J.-C. Il arrive pour la 2e bataille navale qui a lieu au large de La Ciotat. Mais il est battu par Brutus qui s’était renforcé de 6 navires pris aux marseillais et de navires construits à Arles. L. Nasidius dirigeait l’aile gauche. On ne sait si les 5 navires coulés par Brutus appartenaient à L. Nasidius. Certains auteurs ont assimilé Quintus, le père, et Lucius, le fils, en estimant que César s’était trompé de prénom [1].
Ensuite, L. Nasidius s’est probablement enfui en Hispanie où il a suivi le destin du parti de Pompée. Mais il n’est plus mentionné dans les sources pendant un moment. On ne sait pas son âge, ni celui de son fils, ni si le fils a accompagné le père.

Sextus Pompée est le fils cadet du grand Pompée. Il a survécu à la bataille de Munda en 45 où son frère Cnaeus trouva la mort. Il continue la lutte et obtient même des succès en Bétique contre Asinius Pollion début 44, ce qui lui permet d’être salué imperator par ses troupes.
Après l’assassinat de César en mars 44, auquel Sextus Pompée n’a pas participé, et sur demande de Lépide, le Sénat Romain le nomme préfet de la flotte de la République et des côtes romaines en avril 43 [2], et l’autorise à établir la base militaire de sa flotte puissante à Marseille ! Quatre mois plus tard, à la demande d’octave, le Sénat déclare Sextus Pompée « ennemi public ».

Puis Sextus Pompée prend le contrôle de la Sicile fin 43 ou début 42 en s’imposant sur A. Pompeius Bithynicus. Il obtient une victoire navale importante contre la flotte d’Octave commandée par Salvidienus en 42 au large du promontoire de Scyllaeum [3]. Il devient maître de la Méditerranée et fut même surnommé le « fils de Neptune ».

Sextus Pompée intercepte alors les navires de ravitaillement de blé à destination de Rome. Il réussit à rassembler une importante flotte et s’empare de la Corse-Sardaigne et de la Sicile en 41 av. J.-C.

Après avoir été écarté du pacte de Brindes, Sextus Pompée est intégré au traité de Misène. Une courte trêve est trouvée en 39 et il devient officiellement gouverneur de la Sicile, de la Sardaigne, de la Corse, et de l’Achaïe. Mais les hostilités reprennent l’année suivante. Malgré une deuxième victoire sur Octave à Messine, devant le promontoire du Scyllaeum, Sextus Pompée est ensuite battu par Octave et Agrippa lors de la bataille de Nauloque en 36 av. J.-C. Après avoir pris la fuite vers l’Orient, à Milet, il est assassiné l’année suivante en Bithynie, sur l’ordre de Marc Antoine.

Q. Nasidius a rejoint Sextus Pompée en Sicile lorsque celui-ci prend le contrôle de l’île. Sans doute commande-t-il une partie de sa flotte. Mais peut-être était-il déjà au service de A. Pompeius Bithynicus dans cette même province.
Puis il accompagne Sextus Pompée en Orient en 36-35 après la défaite [4]. Il rejoignit par la suite les forces de Marc Antoine où il assuma les mêmes fonctions. Il commanda la flotte d’Antoine, qui fut vaincue par Agrippa à Patrae en 31 av. J.-C. avant la bataille décisive d’Actium.

On ne sait pas ce qu’il advint de lui et sa famille par la suite.

L’émission du denier de Q. Nasidius

On a longtemps cru que cette pièce fut alors frappée sous le contrôle de Q. Nasidius à Marseille en 44 [5]. Belle revanche pour les Pompéiens ! Mais il semble qu’elle soit plus tardive et émise ailleurs comme nous allons le voir.
Car, si la monnaie avait été émise à Marseille en 44, c’est affirmer que Q. Nasidius est déjà au service de Sextus Pompée, et rien ne le prouve. De plus il n’aurait disposé que de peu de temps. Et, à cette période on ne comprendrait pas pourquoi le revers représente un combat sur les ponts des galères alors que Sextus Pompée est réintégré dans les fonctions attribuée par le Sénat et sous protection de Lépide.

S. Estiot compare les monnaies présentes dans les différents trésors connus et datés. Elle en déduit que les monnaies de Q. Nasidius circulaient bien avant 38-36, date que leur assigne de nombreux numismates.
Elle a montré que les monnaies de Q. Nasidius avaient été émises très tôt, peut-être dès le début de l’année 42, en Sicile, au plus fort de la puissance de Sextus Pompée, mais certainement pas dès 44. Ce denier est très rare mais on le trouve dans quelques trésors qui permettent de le dater d’une période si haute, en 42 avec certitude, 43 peut-être.
Et cette rareté doit être due à des contraintes particulières en termes de besoin, de moyens, de temps, de ressources métalliques, de changement de contexte politique.

Elle remarque également que le style graphique est de bien meilleure qualité que le style des monnaies de Cnaeus Pompée peu de temps auparavant en Hispanie. De même, la titulature de Sextus Pompée et son effigie sont absentes alors qu’il s’en est servi beaucoup pour sa propagande en 44. Ce n’est pas un argument opposable à Sextus Pompée car le sujet de l’avers se reporte à son père, le Grand Pompée, surnommé Neptune (sans doute un moyen d’attirer ses partisans) et il n’y a aucune raison d’y figurer la titulature de Sextus Pompée.
De plus l’orientation des coins est totalement anarchique et irrégulière dans l’émission de Q. Nasidius alors que l’atelier de Marseille présente une orientation des coins systématiquement à 6h [6]. Cet argument éloigne l’émission de cette monnaie à Marseille.

Toutes ces remarques lui font dater cette monnaie de 42 av. J.-C., juste après la prise de la Sicile par Sextus Pompée. Cette fois l’effigie de son père accompagné du surnom Neptunius paraitrait un message approprié pour les intérêts de Sextus Pompée.

Mais c’est trop simplifier le rôle de Q. Nasidius même. Rien ne nous dit qu’il est déjà au service de Sextus Pompée lorsqu’il émet ce denier. La référence sur l’avers au père, Cn Pompeius Magnus, surnommé Neptune, orienté à droite (donc légitime) et l’étoile au dessus du navire sont insuffisants pour déterminer son positionnement précis. Le gouverneur officiel de la Sicile en 44 et 43, A. Pompeius Bithynicus (dont le père a été tué en Egypte en même temps que le Grand Pompée) a également pu se valoir de l’héritage de Pompée le Grand et demander à Q. Nasidius de frapper cette monnaie. En tant que gouverneur officiel il a les moyens de faire appel à un graveur de qualité. Et cela expliquerait aussi l’absence de la titulature de Sextus Pompée.

Cela expliquerait également pourquoi le navire est orienté à droite (les rebelles pompéistes choisissant l’orientation à gauche).
Nos commentaires sur l’autre denier de Q. Nasidius où figure une naumachie ont permis d’attribuer à l’autorité de A. Pompeius Bithynicus ce denier de Q. Nasidius et de le dater de 43, voire de 44. Ce dernier du même monnayeur doit donc être attribué aux mêmes circonstances et à la même date, peut-être en 44 après la mort de César ou assez tôt dans l’année 43 à cause du thème et du nombre d’exemplaires connus.
Lorsque Sextus s’impose, fin 43, il fait interrompre les émissions de Q. Nasidius (ce qui expliquerait la rareté du denier avec la bataille navale) et il change totalement l’iconographie par ses propres symboles. Le ralliement de Q. Nasidius à Sextus Pompée a pu survenir après la mort de Bithynicus mais le denier était déjà émis.

Le navire sur la monnaie présente une dynamique bien différente des représentations habituelles. Il est figuré complet alors que l’habitude romaine est de ne montrer que la proue.

La coque est masquée par 11 rames dont les sabords (invisibles) se trouvent sous une ligne horizontale épaisse : une préceinte.

L’avant présente une étrave verticale surmontée d’un stolos fin qui se termine en volute. A mi-hauteur de l’étrave une tige pointue dépasse. Ce proembolon servait à percuter le navire ennemi pour fracasser encore davantage son bordé et désengager la galère après l’impact.
Dans le prolongement de la quille la navire était doté d’un éperon trident.

La poupe présente une courbure qui la fait remonter très haut. Son sommet est surmonté d’un aplustre à 3 branches. Le timonier manipule un gouvernail.
A la proue le stolos protège le pont sur lequel un homme se tient debout, un bras en l’air (un pilote ?).

Le mat supporte une vergue horizontale. Une voile déployée prend le vent. On distingue bien les renforts de la voile qui se croisent à angles droits.
Sous la voile, 7 boules dépassent du plat-bord, sans doute les têtes des marins. Juste devant le mat on distingue un portique. En fait 6 globes sont disposés à distance régulière mais le globe sous le portique vient rompre cette régularité. Il y a donc 6 rameurs et un personnage sous le portique.

Sur une variante rare, la voile ne présente pas de renforts

 

[1César, Bell. Afr., 64,98 ; César, BC, II, 3-7 ; Dion Cassius, LXVII, 56, 3 ; Cicéron, Att., XI, 17A, 3 ; Broughton, t.2, 1952, p. 271, 293 (L. Nasidius) ; t.2, 1952, p. 394, 423 ; t.3 1986, p. 147 (Q. Nasidius) ; Suolahti, p. 267, 328, 345 ; Estiot, p. 126 ; Le Bohec, p.

[2Appien, 4, 84

[3Dion Cassius, XLVIII,18 ; Appien, Guerres civiles, IV, 85

[4Appien, BC, V, 139. Seul le nom est cité, Appien ne nous indique pas le prénom de Nasidius.

[5M.Crawford, RRC, p. 94

[6Estiot, p. 133, note 20

 
 
           
 

Bibliographie :

  • B. Woytek, Mag Pius Imp Iter. Die Datierung der sizilischen Münzprägung des Sextus Pompeius, in JNG, vol. XLV
  • D.R. Sear, The history and coinage of the Romans imperators (49-27 BC) (CRI), Spink and Son Ltd , n° 235
  • E. BABELON, Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine (B), Rollin et Feuardent, Paris et Londres , 1885-1886, n° 28
  • H.A. Gruber, Coins of the roman republic in the British Museum (BMC/RR), Londres , 1910, n° 21
  • R.S. Broughton, The Magistrates of the Roman Republic, in Philological monographs , vol. XV, American philological association, New York , 1951-1952
  • E.A Sydenham, The Coinage of the Roman Republic (CRR), Londres , 1952 (réimpr. 1976), n° 1350
  • J. Suolahti, The junior officers of the Roman army in the Republican period [Texte imprimé] : a study on social structure, Suomalainen Tiedeakatemia, Helsinki , 1955
  • M.H. Crawford, Roman Republican Coinage (RRC), Cambridge , 1970, n° 483/2
  • H. A. Seaby, Roman silver coins (RSC) , 1978-1987, n° 20
  • H. Cohen, Description historique des monnaies frappées sous l’Empire Romain Réimpr. de [la 2e éd.] augm. (C), C. Burgan-Maison Florange, Paris , 1995, n° 20
  • D.R. Sear, Roman coins and their values, the millenium edition (RCV), Spink and Son Ltd, Londres , 2000-2014, n° 1390
  • A. Powell, K. Welch , Sextus Pompeius, Duckworth, Londres , 2002
  • L. Amela Valverde, De nuevo sobre la série de Q. Nasidius (RRC 483), in Revue Numismatique , vol. 161 , 2005
  • S. Estiot , Sex. pompée, la Sicile et la monnaie. Problème de datation, in Aere perennius : en hommage à Hubert Zehnacker (2003), Presses de l, Paris , 2006
  • K. Welch, Magnus Pius : Sextus Pompeius and The Transformation of the Roman Republic , Classical Press of Wales , Swansea , 2012
  • E. Deniaux , Le contrôle de la mer et des îles de la Sicile à l’Adriatique, de l’époque des Guerres Civiles à Auguste, in Pallas, vol. 96, Le monde romain de 70 av. J.-C à 73 apr. J.-C , 2014
  • Y. Le Bohec, Histoire des guerres Romaines : Milieu du VIIIe siècle avant J.-C. – 410 après J.-C., Tallandier , Paris , 2017
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