De la même période
Rome Républicaine
|Déplier Analyses
|Déplier Documents
De la même région antique
Sicile
|Déplier Analyses
|Déplier Documents

  Rome Républicaine   :|:   Document

Bataille navale sur un denier de Nasidius pour A. Pompeius Bithynicus (var.)

réf. : fr.1947.2019 | 14 mars 2019 | par Francis Leveque
monnaies | 3e quart du Ier siècle av. J.-C.
Sicile ( Italie )
Twitter Twitter

La propagande pendant les guerres civiles s’appuie sur les images, notamment sur celles que diffusent les monnaies. Sextus Pompée en a usé pendant sa rébellion. Mais celle-ci ne semble pas lui convenir.

Denier d’argent coulé de 18 mm de diamètre, pesant 3,44 g.

Nom de l’atelier : Sicile

Date : 43 av. J.-C.

Recto :

NEPTUNI
Traduction : Neptune
Description : Tête nue à gauche de Pompée le Grand, trident vertical devant le visage, texte derrière et dauphin sous le cou

Verso :

Texte : Q. NASIDIUS
Traduction : Quintus Nasidius
Description : 4 galères affrontées sur deux registres, sans voile, combat sur le pont

Commentaire :

Cette variante provient du trésor monétaire de Meussia (Jura). Il présente 3 soldats sur chaque navires.
C’est le seul exemplaire qui provient d’un trésor monétaire. Les quatre autres exemplaires connus appartiennent à des collections institutionnelles (le musée du Capitole et le musée du Vatican à Rome, le musée archéologique de Naples, le musée de Copenhague). Ces 5 exemplaires répertoriés sont tous en mauvais état de conservation. Ils ont été frappés par un seul coin de droit et apparemment deux exemplaires de coin de revers [1].

Lucius Nasidius, père de Quintus, a participé, avec une flotte de seize navires, au soutien maritime que Pompée le Grand, surnommé Neptune depuis sa victoire sur les pirates, a apporté à Marseille pendant le siège de César en 49 av. J.-C. Il arrive pour la 2e bataille navale qui a lieu au large de La Ciotat. Mais il est battu par Brutus qui s’était renforcé de 6 navires pris aux marseillais et de navires construits à Arles. L. Nasidius dirigeait l’aile gauche. On ne sait si les 5 navires coulés par Brutus appartenaient à L. Nasidius. Certains auteurs ont assimilé Quintus, le père, et Lucius, le fils, en estimant que César s’était trompé de prénom [2].
Ensuite, L. Nasidius s’est probablement enfui en Hispanie où il a suivi le destin du parti de Pompée. Mais il n’est plus mentionné dans les sources pendant un moment. On ne sait pas son âge, ni celui de son fils, ni si le fils a accompagné le père.

Sextus Pompée est le fils cadet du grand Pompée. Il a survécu à la bataille de Munda en 45 où son frère Cnaeus trouva la mort. Il continue la lutte et obtient même des succès en Bétique contre Asinius Pollion début 44, ce qui lui permet d’être salué imperator par ses troupes.
Après l’assassinat de César en mars 44, auquel Sextus Pompée n’a pas participé, et sur demande de Lépide, le Sénat Romain le nomme préfet de la flotte de la République et des côtes romaines, et l’autorisa à établir la base militaire de sa flotte puissante à Marseille ! Quatre mois plus tard, à la demande d’octave, le Sénat déclare Sextus Pompée « ennemi public ».

Puis Sextus Pompée prend le contrôle de la Sicile fin 43 ou début 42. Il obtient une victoire navale importante contre la flotte d’Octave commandée par Salvidienus en 42 au large du promontoire de Scyllaeum [3]. Il devient maître de la Méditerranée et fut même surnommé le « fils de Neptune ».

Sextus Pompée intercepte alors les navires de ravitaillement de blé à destination de Rome. Il réussit à rassembler une importante flotte et s’empare de la Corse-Sardaigne et de la Sicile en 41 av. J.-C.

Après avoir été écarté du pacte de Brindes, mais Sextus Pompée est intégré au traité de Misène. Une courte trêve est trouvée en 39 et il devient officiellement gouverneur de la Sicile, de la Sardaigne, de la Corse, et de l’Achaïe. Mais les hostilités reprennent l’année suivante. malgré une deuxième victoire sur Octave à Messine, devant le promontoire du Scyllaeum, Sextus Pompée est ensuite battu par Octave et Agrippa lors de la bataille de Nauloque en 36 av. J.-C. Après avoir pris la fuite vers l’Orient, à Milet, il est assassiné l’année suivante en Bithynie, sur l’ordre de Marc Antoine.

Q. Nasidius a rejoint Sextus Pompée en Sicile lorsque celui-ci prend le contrôle de l’île. Sans doute commande-t-il une partie de sa flotte. Peut-être était-il déjà au service de A. Pompeius Bithynicus dans cette même province.
Puis il accompagne Sextus Pompée en Orient en 36-35 après la défaite [4]. Il rejoignit par la suite les forces de Marc Antoine où il assuma les mêmes fonctions. Il commanda la flotte d’Antoine, qui fut vaincue par Agrippa à Patrae en 31 av. J.-C. avant la bataille décisive d’Actium.

On ne sait pas ce qu’il advint de lui et sa famille par la suite.

L’émission du denier de Q. Nasidius

On a longtemps cru que cette pièce fut alors frappée sous le contrôle de Q. Nasidius à Marseille en 44 [5]. Belle revanche pour les Pompéiens ! Mais il semble qu’elle soit plus légèrement tardive et émise ailleurs comme nous l’avons démontré dans la discussion à propos d’un autre exemplaire.

S. Estiot compare les monnaies présentes dans les différents trésors connus et datés. Elle en déduit que les monnaies de Q. Nasidius circulaient avant 38-36, date que leur assigne de nombreux numismates. S. Estiot pensait que les monnaies de Q. Nasidius avaient été émises en 42 en Sicile, au plus fort de la puissance de Sextus Pompée.
Cependant la qualité du style graphique bien meilleure que pour les monnaies de Cnaeus Pompée peu de temps auparavant en Hispanie ; l’absence de la titulature de Sextus Pompée ; l’effigie de son père, le Grand Pompée, surnommé Neptune, orientée à gauche ; l’orientation des coins totalement anarchique et irrégulière loin des habitudes de l’atelier de Marseille [6], la représentation d’un naumachie, sont autant d’indice pour rattacher ce denier à un autre pompéiste.
Rien ne nous dit que Q. Nasidius est déjà au service de Sextus Pompée lorsqu’il émet ce denier. Le gouverneur officiel de la Sicile en 43, A. Pompeius Bithynicus (dont le père a été tué en Egypte en même temps que le Grand Pompée) a également pu se valoir de l’héritage de Pompée le Grand et demander à Q. Nasidius de frapper cette monnaie. Le ralliement de Q. Nasidius à Sextus Pompée a pu survenir après son arrivée, peut-être à la mort de Bithynicus.

Lorsque Sextus s’impose il fait interrompre les émissions de Q. Nasidius trop ouvertement pro César (ce qui expliquerait la rareté de ce denier) et il change totalement l’iconographie par ses propres symboles.

Les navires sur la monnaie

Les quatre navires sont similaires, par leur silhouette et par leur taille. Ils sont disposés sur deux niveaux et ils sont orientés face à face pour simuler un combat.

Les navires disposent de 4, 6, 7 ou 9 rames qui sortent de la coque sous une ligne horizontale qui est sans doute une préceinte.

A la poupe on reconnait le gouvernail dont on voit la pelle oblique sous la coque et l’extrémité de l’axe au dessus du plat-bord. La poupe forme une courbure qui s’élève très haut. Elle porte un aplustre composé d’un globe et de 2 branches.

La proue dispose d’un éperon à deux lames, d’un proembolon à mi-hauteur de l’étrave et d’un faux-stolos terminé par une volute, qui protège le pont.

Sur le pont on distingue systématiquement trois soldats stylisés qui semblent brandir un javelot vers un navire ennemi.

Il est impossible de distinguer un groupe de navire qui l’emporte sur l’autre.


[1S. Estiot, note 3, p. 125

[2César, Bell. Afr., 64,98 ; César, BC, II, 3-7 ; Dion Cassius, LXVII, 56, 3 ; Cicéron, Att., XI, 17A, 3 ; Broughton, t.2, 1952, p. 271, 293 (L. Nasidius) ; t.2, 1952, p. 394, 423 ; t.3 1986, p. 147 (Q. Nasidius) ; Suolahti, p. 267, 328, 345 ; Estiot, p. 126 ; Le Bohec, p.

[3Dion Cassius, XLVIII,18 ; Appien, Guerres civiles, IV, 85

[4Appien, BC, V, 139. Seul le nom est cité, Appien ne nous indique pas le prénom de Nasidius.

[5M.Crawford, RRC, p. 94

[6Estiot, p. 133, note 20

           

Bibliographie :

  • B. Woytek, Mag Pius Imp Iter. Die Datierung der sizilischen Münzprägung des Sextus Pompeius, in JNG, vol. XLV
  • E. BABELON, Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine (B), Rollin et Feuardent, Paris et Londres , 1885-1886, n° 30, Pompeia
  • H.A. Gruber, Coins of the roman republic in the British Museum (BMC/RR), Londres , 1910, vol. Sicily, p.565
  • E.A Sydenham, The Coinage of the Roman Republic (CRR), Londres , 1952 (réimpr. 1976), n° 1351
  • M.H. Crawford, Roman Republican Coinage (RRC), Cambridge , 1970, n° 483/1
  • H. Cohen, Description historique des monnaies frappées sous l’Empire Romain Réimpr. de [la 2e éd.] augm. (C), C. Burgan-Maison Florange, Paris , 1995, n° 21, Pompeia
  • D.R. Sear, The history and coinage of the Romans imperators (49-27 BC) (CRI), Spink and Son Ltd, Londres , 1998, n° 236
  • A. Powell, K. Welch , Sextus Pompeius, Duckworth, Londres , 2002
  • S. Estiot, Le trésor de Meussia (Jura) : 399 monnaies d’argent d’époques républicaine et julio‑claudienne, in Trésors monétaires, vol. 20, Bibliothèque nationale de France, Paris , 2003, p.118, n° 223, pl. 31
  • S. Estiot , Sex. pompée, la Sicile et la monnaie. Problème de datation, in Aere perennius : en hommage à Hubert Zehnacker (2003), Presses de l, Paris , 2006, p.151, n° a
  •