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Rome Impériale
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Transport d’animaux sauvages de la Villa del Casale
réf. : fr.1750.2008 | 17 novembre 2018 | par Francis Leveque
mosaïque | Milieu du IVe siècle ap. J.-C.
Sicile ( Italie )

Les jeux du cirque à Rome ont engendré un marché des animaux sauvages à présenter aux romains. Les marchands ont dû affréter les services de transporteurs de fort tonnage pour y conduire ces animaux en toute sécurité. Cette représentation est la plus proche de la réalité parmi toutes celles de la villa.

 

La mosaïque provient de la Villa du Casale située près de la ville de Piazza Armerina, au sud de la Sicile. La construction de cette villa a débuté à la fin du IIIe siècle ap. J.-C. Elle compte une trentaine de pièces décorées de 3500 m² de mosaïques. Parmi ses décors figurent les célèbres femmes en bikini. D’autres mosaïques montrent des navires de transports d’animaux et d’autres scènes de pêche, notamment dans l’atrium semi-circulaire. Ce thème est très présent dans la villa. La plupart des mosaïques dateraient du milieu du IVe s.

Ce bateau est l’un des trois qui est représenté en grande taille dans le long corridor de 66m de long. La mosaïque au sol représente une "Grande chasse" où les hommes capturent les animaux pour les vendre sans doute à Rome.

Sur ce navire imposant des hommes font monter à bord des animaux sauvages, une antilope et de grands oiseaux. D’autres portent des caisses ou des cages, ou des animaux entravés dans des filets. L’embarquement se fait par l’arrière au moyen d’une passerelle.
Le débarquement se fait par l’avant. On retrouve la même caisse et les mêmes animaux qu’à l’embarquement. Le navire ne semble pas avoir vogué sur la mer mais l’artiste a réussi à illustrer le transport grâce à la présence de la voile que les marins semblent être en train de replier, grâce aux rames plongées dans l’eau qiu suggèrent leur usage et grâce aux remous de l’eau au contact de la coque. Le mouvement et l’activité intense que provoquent ces 2 moments délicats que sont l’embarquement et le débarquement apportent également un fort dynamisme à la réalisation.

Le bateau de transport

L’activité à bord n’a pas été escamotée. Bien sûr il y a ceux qui se chargent des animaux et des cages sur le pont mais on distingue aussi les marins à la manœuvre.

La représentation de ce navire est la plus fidèle à la réalité. L’artiste a soigné les détails alors que tous les autres navires de la villa sont des représentations simplifiées et standardisées. C’est un long cargo dont le profil ressemble à celui des galères. Sa coque effilée montre bien que le soucis principal de l’armateur est de bénéficier d’un transport rapide.

La proue se compose d’une étrave verticale et d’un éperon au-dessous dont on ne distingue qu’une pointe au-dessus des flots. Le faux-stolos qui surmonte l’étrave se compose d’une volute. C’est là le seul élément du bastingage qui masque le bas des jambes des porteurs.

La poupe est masquée par la passerelle mais on remarque bien sa forme arrondie. L’aplustre n’a pas été figurée pour ne pas surcharger la scène. On distingue très clairement aussi le sabord par lequel sort le gouvernail.

Sur la longueur du bordé on compte 6 rames mais une cassure a fait perdre une surface sur laquelle on peut imaginer 4 autres rames en respectant les mêmes espacements. La aussi les sabords de nage en demi-cercles noirs sont évidents. Ils semblent être appuyés sur une longue bande noir décorée de feuillages. Est-ce la représentation artistique d’une préceinte ? Les sabords ne sont pas exactement des demi-cercles ; leur déformation apporte-t-elle une impression de perspective pour suggérer qu’ils sont percés en biais au dessous d’une caisse de rames ?

Le mat au centre est fixé par 2 étais vers l’avant et vers l’arrière. Ceux de l’avant sont bien fixés au calcet, au sommet du mat, à l’intérieur duquel se trouvent les poulies et les points d’accroche. Le point noir au milieu des étais est sans doute la représentation simplifiée d’un palan. Mais sur les deux étais vers l’arrière, un seul prend la direction du calcet, l’autre est étrangement orienté vers le milieu de la vergue. Le mat se compose de parties alternativement noires et ocres. Il est difficile d’affirmer qu’il s’agit d’un pur effet artistique ou de la représentation (en noir) de cordes qui ceinturent le mat pour maintenir et renforcer ses différents composantes.
La mat est surmonté d’un petit fanion qui indique le sens du vent.

La vergue horizontale est maintenue par 4 balancines de chaque côté. Le marin de droite semble tirer sur l’une d’elles. De ce côté une 5e corde relie le pont au sommet du mat au dessus du calcet ; elle est dotée également du’n palan. L’ensemble de ces cordages font partie d’une oeuvre artistique et ne peuvent pas être pris au sérieux jusque dans leurs détails.

 
                             

Bibliographie :

  • B. Pace, I mosaici di Piazza Armerina, G. Casini, Rome , 1955, 119 p. : illus.
  • A. Carandini, A. Ricci, M. De Vos, Filosofiana. La Villa del Casale di Piazza Armerina. Immagine di un aristocratico romano al tempo di Costantino, S.F. Faccovio, Palerme , 1982, 414 p. : ill.
  • R. J. A. Wilson, Piazza Armerina, Granada Verlag, Londres , 1983, 124 p. : ill.
  • P. C. Baum-vom Felde, Die geometrischen Mosaiken der Villa bei Piazza Armerina, Amburgo , 2003
  • B. Steger, Recherches sur l’iconographie des mosaïques de Piazza Armernai (thèse), Atelier national de reproduction des thèses, Lille , 2006
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