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Stèle funéraire de Dertosa
20 mai 2016 | par Francis Leveque | réf. : fr.1447.2016
IIe siècle ap. J.-C. | [fr] stèle
Dertosa (Tortosa), Hispanie ( Espagne )

Le navire voguant avec sa voile carrée déployée est-elle le symbole de la profession du défunt ou le symbole du voyage après la mort ? Dans les deux cas, est-il réaliste ?

 

Le navire sculpté sur cette stèle funéraire daté du IIe siècle ap. J.-C. a donné son nom à la stèle. Elle a été découverte à Tortosa (Catalogne, Espagne).

Dimensions :
- hauteur : 1,85 m.
- largeur : 0,63 m.

La stèle a été utilisée pour la construction de l’un des bastions du château de l’Açuda de Tortos (anc. Dertosa) d’où elle a été extraite en 1988. Le fronton est occupé par la sculpture d’un navire et une dédicace est gravée au dessous.

La dédicace :
D. M. | AU CAECILI | CUBICULARI | PEREGRE | DEFUNCTI | PORCIA | EVPHROSY | NE MARITO | OPTIMO | POSUIT
D(is) M(anibus) Au(li) Caecili Cubiculari, peregre, defuncti, Porcia Euphrosyne, marito optimo posuit
Aux dieux Manes de Aulius Caecilius Cubicularus, pérégrin, défunt, Porcia Euphronyne a établi (cette stèle) pour son mari très bon.

Il s’agit de la stèle de Aulius Caecilius Cubicularus, dont le navire au sommet est sans doute le symbole de sa profession. Sa femme, Euphrosyne, lui a fait élever cette stèle après sa mort. Elle l’a dédiée aux dieux Manes, divinités romaines symbolisant les esprits des ancêtres morts, et invoqués pour s’attirer leurs bonnes grâces. Ce type de dédicace est très courant dans tout l’Empire.
A cette époque les pérégrins sont des hommes libres qui ne disposent pas de la citoyenneté romaine ni du statut juridique des Latins. Il ne s’agit donc pas d’anciens esclaves affranchis. Si tel avait été le cas, ils auraient reçu cette liberté des gens Caecilii et Porcii, dont la puissance et la présence en Espagne remonte à la fin de la République romaine.

Remarquons que le surnom de la dédicante, Euphrosyne, est, dans la mythologie grecque, l’une des trois Charites (les trois Grâces), filles de Zeus et de l’Océanide Eurynomé (nymphes aquatiques mais non marines à l’inverse des Néréides, filles Océan), et sœur d’Aglaé et de Thalie. Elle représente l’Allégresse et la Joie de vivre.

Le navire

Le profil, dirigé vers la droite, ne trompe pas : la coque ronde, la voile carrée déployée, le bordé remontant très haut à la poupe, les deux gouvernails et le mâtereau à la proue qui supporte une petite voile, ce bateau est un navire de commerce. Pourtant il présente des différences par rapport au bateau romain habituel : il est moins haut et moins rond. Est-ce une déformation de l’artisan qui a sculpté la stèle ? Ou le profil est-il fidèle au bateau sur lequel a pu travailler Cubicularus ? Diloli lui trouve une ressemblance avec les navires figurés sur les pièces de monnaie locales. Balil (Esculturas, 1980) y voit un navire de type ponto comme celui qui est visible sur la mosaïque d’Althiburos (Tunisie) avec quelques modifications. Il s’agit d’un navire de commerce rapide.

Certains ont voulu voir dans la présence du navire sur la stèle une allégorie du voyage dans l’au-delà (Mayer et Rodà 1985, Llorens i Aquilué 2001) et d’autres le symbole de la profession du défunt (Arbeloa, 2006). Je trouve que le soin apporté à la représentation de ce navire montre le soucis de fidélité réaliste. Je pense que Cubicularus a travaillé sur ce navire ou qu’il en était propriétaire. Sa veuve l’a fait sculpté pour valoriser la mémoire de son marin défunt.

 
        


Bibliographie :


coll., Corpus Inscriptionum Latinarum (CIL) , 1893-, vol. II, n° 4065
A. Garcia y Bellido, Esculturas romanas de España y Portugal, in CSIC, Madrid , 1949, n° 325
A. Balil , Dos representaciones de naves, in Cuadernos de Trabajos de la Escuela Española de Historia y Arqueología en Roma XIII, Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Rome , 1969
A. Balil, Esculturas romanas peninsula iberica III, in Stdia archaeologica , vol. 60 , 1980, p. 239-240, fig. 52
M. MAYER, I. RODÀ , Consideraciones sobre el conjunto epigráfico de Dertosa, in XVII Congreso Nacional de Arqueología , 1985
M. M. LLORENS, X. AQUILUÉ , “Ilercavonia-Dertosa” i les seves encunyacions monetàries, Barcelone , 2001
J. Diloli, La navegació al golf de Sant Jordi durant l’antiguitat, in PYRENAE, REVISTA DE PREHISTÒRIA I ANTIGUITAT DE LA MEDITERRÀNIA OCCIDENTAL, vol. 40 vol.2 , 2009, p. 139, fig. 2
 
 
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