Monde grec   :|:   Document

Sarcophage de Gazi
22 avril 2015 | par Francis Leveque | réf. : fr.1107.2013
XIIIe siècle av. J.-C. | [fr] sarcophage
Crète ( Grèce )

Le navire peint en contexte funéraire représente-t-il un navire de haute mer ?

 

Découvert à Gazi, à 6 km d’Herakleion, en Crète, ce larnax est un petit cercueil daté de l’Helladique récent IIIB, XIIIe s. av. J.-C.

Le navire peint sur ce sarcophage comporte une quille droite et compte 27 couples (ou 26 si on omet celui qui se fond avec la base du mat). Cette silhouette est très proche du navire de Tragana. Le nombre des couples est quasiment identique. Mais une ligne horizontale tracée sur toute la longueur de la coque, à mi-hauteur entre la quille et le plat bord, ne peut représenter qu’une préceinte, voire la ligne de flottaison.

La ligne de la quille se prolonge à l’horizontal à l’avant du bateau. Si ce n’est déjà un éperon, il s’agit du moins d’un taillemer visible également sur quelques modèles contemporains (à moins qu’il ne s’agisse d’un aileron de dérive comme sur les navires d’Akrotiri).

La proue est surmontée d’un motif imposant, hérissé de traits. L. Basch suggérait une tête de cheval dont la crinière aurait été mise en évidence. Il se justifiait en rappelant qu’Athéna semble avoir pris une part active dans la navigation, bien plus que Poséidon. On a retrouvé à Cnossos la mention d’une Athénia Potnia (« a-ta-na-po-ti-ni-ja ») qui porte l’épithète Hippia (« I-qeja ») à Pylos. Et Homère (L’Odyssée, IV, 707-708 ; XIII,81) indique que les bateaux sont les chevaux de la mer.

Remarquons les motifs sous le navire que L.V. Watrous assimile à des plantes marines, voire des papyrus. Il y voit une influence égyptienne, voire une scène nilotique. Tous ces dessins ont leurs parallèles dans les décorations des palais crétois contemporains. Remarquons également les 3 lignes brisées placées entre les étais et la vergue. Habituellement cette représentation des flots se trouve sous le bateau.

Ce dessin en contexte funéraire est peut-être lié au parcours du défunt après la mort.

L’étrange triangle au dessus du plat bord, traversé pas le prolongement des couples, rappelle l’immense toile qui, au XVIIe siècle, abritait les rameurs de la galère au repos (cf. "Galère à la sonde avec sa tente de nuit", d’après Barras de la Penne, dans Amiral Pâris, Souvenirs de marine conservés, V, 1697, pl. 299 ; L. Basch, n°305)

Les navires phéniciens de type hippos comportaient également des figures de proue représentant une tête cheval.

 
              


Bibliographie :


S. Alexiou, Larnakes kai aggeia ek taphou para to Gazi Herakliou, in Archaiologike Ephemeris , 1970
S. Alexiou, Nea parastasis ploiou epi minoikes larnakos, in Actes du congrès de Crétologie, Rethymnon, 18-23 septembre 1971, vol. 1 , 1973
L. Basch, Le musée imaginaire de la marine antique (MIMA), Institut hellénique pour la préservation de la tradition nautique, Athènes , 1987, p. 144-145, n° 303
L.V. Watrous, The origin and iconography of the late minoan painted larnax, in Hesperia, vol. 60 , 1991
C. Aubert, Nouvelle interprétation du décor de la Larnax de Gazi no 18985, in Tropis III : 3rd International Symposium on Ship Construction in Antiquity : proceedings, Hellenic Institute for the Preservation of Nautical Tradition, Athènes , 1995
E. Spathari, Armenizontas sto Chrono. To Ploio stin Elliniki Techni, Kapon publications, Athènes , 1995, p. 53
M. Wedde, Toward a Hermeneutics of Aegean Bronze Age Ship Imagery, Möhnesee : Bibliopolis, Mannheim , 2000, n° 602
 
 
© 2008-2014 Francis LEVEQUE - |