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Relief Torlonia du Portus Augusti - Ostie
2 août 2009 | par Francis Leveque | réf. : fr.411.2009
Début du IIIe siècle ap. J.-C. | [fr] sculpture
Ostie, Latium ( Italie )

Le commanditaire de ce relief a exigé d’étonnants détails pour le navire mais aussi pour le personnel et le port d’Ostie.

 

Relief en marbre de 122 cm de long et 75 cm de haut découvert en 1863 à Ostie, près du port de Trajan, dans une propriété du prince Torlonia. Il est maintenant la propriété de la commune de Rome depuis qu’elle a racheté toute la collection Torlonia. L’ensemble de la Villa Torlonia a été restauré et présente à nouveau ses collections au public depuis 1997.

La description faite par L. Basch est excellente :

« Le relief est daté de la période sévérienne grâce à la coiffure de la femme située à l’arrière du navire central.

Le relief représente deux navires, certainement identiques, dans le port d’Ostie. Le navire de gauche est en train d’amener sa grand’voile, tandis que celui de droite a déjà accosté et est en cours de déchargement.

La voile du navire de gauche comporte une décoration qui représente une louve allaitant les jumeaux Remus et Romulus et au dessus les deux lettres V L : V(otum) L(ibero). Elle dispose de renforts cousus horizontalement et verticalement, sur lesquels viennent se fixer les poulies(?) dans lesquelles passent les ralingues.

Le pont. Les navires étaient pontés sur toute leur longueur et il est probable que les barrots dont on aperçoit les extrémités soutenaient un pont intérieur, peut-être partiel. A l’arrière du pont, on voit une grande cabine sur laquelle le timonier tient la barre du gouvernail et au-dessus de laquelle se dresse un col de cygne.

La coque est ceinturée de deux préceintes, au-dessus desquelles un coffrage établi sur trois solides barrots dont on voit les extrémités
forme l’aile protégeant la rame-gouvernail.

Le gouvernail sort de la face arrière de l’aile et semble pouvoir être manœuvré de manière beaucoup plus souple ; c’est probablement la raison pour laquelle il est maintenu à la coque par un filin qui s’attache au milieu de la pale et qui pouvait être plus ou moins tendu : c’est probablement au réglage de ce filin que procède le personnage debout dans la barque.

Les mâts. Les navires du Portus sont, comme celui de Sidon, pourvus de deux mâts. On pourrait douter de la fonction du mât avant si l’on ne possédait que le navire de gauche, mais un examen attentif du navire de droite fait apparaître, tout juste au-dessus du sommet de l’étrave, une vergue, un fragment de voile et, très reconnaissable, un anneau de cargue.
On ne distingue aucune manoeuvre de cette voile, mais un autre document montre qu’elle disposait de ses cargues et que la vergue était dotée de balancines.

Le mât central est consolidé par un ensemble de manœuvres dont l’analogie avec celles de la marine à voiles du 19e S. est frappante. Un étai, remarquable par son épaisseur, part du calcet et s’achève sur une poulie dormante dans les réas de laquelle passe un double collier qui vient se fixer autour de la base du mât de proue.
Le maintien latéral du mât est assuré par de nombreux haubans (11 sur le navire de gauche, 6 sur le navire de droite), qui partent du mât à la hauteur de la vergue. Le navire de gauche montre ces haubans avec un grand luxe de détails : tous passent au travers d’un bastet qui maintient leur écartement, au dessous duquel sont figurés les caps de mouton supérieurs et inferieurs, les rides et les cadènes (1039, 5).

La vergue est d’un seul tenant, mais était probablement constituée
par un assemblage de plusieurs pièces de bois, ce qui explique la présence de cercles de métal. Le mât central porte cinq voiles au total : la grand’voile aux Louves et, au-dessus de la vergue, deux voiles en forme de triangles rectangles surmontés de deux voiles en forme de triangles scalènes. Les ralingues de chute de la grand’voile sont très clairement figurées, ainsi que l’amorce de la ralingue de bordure et les anneaux, probablement de bois, au travers desquels passaient les cargues. Sur le navire de gauche, le bras et l’écoute tribord sont bien représentés, mais trois cordages sont moins faciles à identifier : ce sont, sans doute, les cargues descendant vers le pont, venant de la vergue, mais on voit mal où elles vont se fixer.

Le calcet est du type à double anneau (cf. le navire de Tomi, Basch n°1035) et le mât se termine, sur le navire de droite, par une espèce de pomme de pin et, sur le navire de gauche, par une Victoire qui servait peut être de girouette.

Les balancines. Le navire de droite montre quatre balancines de chaque côté et, sous les pieds du personnage qui cargue la voile, un marchepied : l’existence de cet élément de gréement, que l’on ne verra plus apparaître avant plusieurs siècles n’est attesté, pour toute l’Antiquité, que par ce seul document. »

Un madrier énigmatique. Sur chacun des deux navires, on peut apercevoir au devant la proue comme un très fort madrier courbe parcouru, en haut et en bas, par une fine rainure. Sur le navire de droite, l’extrémité de la pièce est dissimulée par le personnage qui débarque une amphore ; sur celle du navire du gauche elle forme une masse peu distincte. Ces madriers semblent mobiles probablement actionnés par un ensemble de poulies doubles et de cordages robustes. Il ne faut pas le confondre avec la passerelle de débarquement car celle-ci doit être cachée par le madrier du navire de gauche alors alors qu’elle est abaissée pour le navire de droite.
Les différents auteurs (J. Le Gall, J. Rougé, L. Basch) s’accordent pour voir en ces madriers une protection mais de nature inconnue.

 
                                


Bibliographie :


J. Le Gall, Graffites navals du Palatin et de Pompei, in Mémoires de la Société Nationale des Antiquaires de France, vol. III, 9e s. , 1955, p. 48-49
J. Rougé, Recherches sur l’organisation maritime en Méditerranée sous l’empire romain, Paris , 1966, p. 159
O. Testaguzza, Portus : Illustrazione dei perti di Claudio e Traiano e della citta’di Porto a Fiumicino, Julia, Tome , 1970, p. 171
L. Basch, Le musée imaginaire de la marine antique (MIMA), Institut hellénique pour la préservation de la tradition nautique, Athènes , 1987, p. 463-465, n° 1038
 
 
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