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Navire tronqué sur la mosaïque romaine de Lod (1)
27 février 2018 | par Francis Leveque | réf. : fr.1711.2018
Fin du IIIe siècle ap. J.-C. | [fr] mosaïque
Palestine ( Israel )

Le navire brisé de la mosaïque de Lydda/Lod présente des éléments surprenants de ce qui pourrait bien être un accident de mer. La mat pourrait s’être brisé et l’histoire des marins a pu être dramatique.

 

Cette grande mosaïque a été découverte à Lod, en Israël, en 1996, lors de la construction d’une autoroute sur le site de l’ancienne Lydda, entre Tel Aviv et Jérusalem. La ville est incendiée lors de la révolte juive (66 ap. J.-C.), puis rebaptisée Diospolis sous l’empereur Hadrien (117-138). Elle obtient le statut de colonie romaine à l’époque de Septime-Sévère (193-211).

La mosaïque appartenait à un vaste pavement qui ornait le sol d’une pièce de réception dans une maison romaine où les murs étaient peints. D’autres avaient également été découvertes auparavant dans la région. L’ensemble a été très bien conservé, seule une petite partie manquante ayant été comblée lors de la restauration. Elle est composée de cubes de marbre et calcaire, et de quelques cubes de pâte de verre. Il daterait environ de 300 après Jésus-Christ.

La mosaïque est divisée en trois zones : une partie centrale presque carrée et deux panneaux rectangulaires en haut et en bas. Le monde animal y est représenté de façon réaliste : poissons, oiseaux, animaux exotiques (éléphant, girafe, tigre, rhinocéros), et même un monstre marin. L’ensemble est représenté sur un font blanc, neutre, qui sort chaque animal de son contexte et qui semble exclure toute narration.

Dimensions :
- Longueur : 7,84 m
- Largeur : 4,26 m

La partie inférieure comprend une scène où se mêlent de nombreux poissons de tailles différentes ainsi que 2 navires sans doute identiques mais représentés dans des sens de déplacement opposés. Celui du bas à gauche est complet tandis que celui qui occupe la place centrale est incomplet. Tous deux sont représentés sur une échelle différente des poissons, ce qui les rend plus petits que la faune.

Ce bateau se trouve au centre de la mosaïque. Il se dirige vers la droite. Il ressemble au navire du relief Torlonia du Portus Augusti d’Ostie plutôt qu’au navire de Sidon.

La coque du navire est ronde, ceinturée d’une préceinte au moins. Zaraza Friedman déduit de la couleur brun foncé de la coque l’existence d’un revêtement de celle-ci par de la poix. Une plate-forme marron est représentée au centre du bordé, sur le pont ; sa couleur différente exprime une certaine solidité mais donne également l’effet d’un ajout extérieur.

A l’arrière, 2 gouvernails latéraux sortent d’une structure ronde surplombant un garde-corps de croisillons de bois. A la poupe, une longue structure droite (une plate-forme ?), disposée en oblique, avec également un garde-corps, s’étend à l’extérieur du bateau. Elle masque en grande partie le col de cygne.
La proue est invisible car elle est située sur la partie brisée. On retrouve le même carré ocre rouge décoré d’une croix blanche au dessus de la proue. Malgré l’agencement différent des espars (mat et vergue), l’auteur a insisté pour représenter ce qui pourrait être une caisse posée sur la proue, ou à un message symbolique méconnu, moins probablement une voile de misaine.

On reconnait à l’arrière la vergue à l’alternance de couleurs blanches et noires comme sur l’autre navire, et, au-dessous, une zone grise comme l’intérieur de la voile. La vergue semble cependant en position beaucoup plus basse.
Cependant le mat est invisible. A droite de la brisure on reconnait un petit drapeau qui est normalement fixé au sommet du mat (cf. le 2e navire qui est complet). Or ce drapeau ne surplombe pas le centre du bateau, il surplombe la proue en oblique. Les traits noirs et le petit disque marron sont sans doute la représentation du sommet du mat avec son calcet et ses balancines sur le même modèle que cf. le 2e navire complet.

Il faut trouver une explication à cette disposition surprenante des espars pour comprendre l’histoire racontée dans cette scène. On peut imaginer que ce mat a été rabattu ou qu’il a subi une avarie.
Je ne suis pas certain de la proposition de reconstitution de E. Haddad et M. Avissar car il imaginent une brisure qui n’a jamais été montrée sur aucun autre document.
Je ne suis pas certain non plus de la proposition de reconstitution de Z. Friedman car elle imagine le pied du mat très proche de la poupe jusqu’à la limite de la brisure et l’existence d’un montant supportant le mat vers la proue, qui lui donne son orientation oblique. Or ce montant n’existe de pas sur l’autre navire (il est vrai qu’il n’a aucune raison d’être figuré) et la comparaison avec la mosaïque de Sousse présente le défaut d’inverser l’emplacement du montant en le plaçant à la proue.
Toutefois il est évident que le mat n’a pas sa position attendue car le poisson au dessus occupe la place que devrait prendre la voile. On peut tout simplement imaginer que le mat a bien été représenté entier, incliné vers l’avant, tout en conservant la fixation de son pied au centre du navire, sans montrer forcément de brisure. Cet effet de style suffit à montrer un événement différent (brisure, mat rabattu ou force du vent).

Il manque l’ancre du navire. En cas de mauvaises conditions les marins jetaient une ancre à la mer pour stabiliser leur position. Or ici l’artiste n’a pas représenté d’ancre. Est-ce que la situation du bateau permettait l’usage d’une ancre ? Ce qui est sûr, c’est que le bateau n’était pas dans un port.

Cependant je suis d’accord avec les auteurs précédents sur l’interprétation de la position des espars : le mat n’est pas dans sa position normale, la vergue a été abaissée. Pour parer volontairement à l’événement en cours ou parce que l’événement en cours a brisé ou incliné le mat ? S’il s’agissait d’une brisure, elle aurai eu lieu après que les marins aient ranger convenablement la vergue sur le pont.

L’artiste semble avoir cherché à montrer le moment où le bateau était au plus mal. Comme il est au centre de la mosaïque, il s’agit bien du sujet principal. La taille des poissons permet d’évoquer le danger. Le bateau de gauche quitte la scène. Il me semble qu’il faille lire l’histoire dans ce sens : après avoir cassé son mat, peut-être lors d’un tempête (elle n’est pas représentée), le bateau (sur lequel se trouvait très certainement le propriétaire de cette villa) a pu ensuite faire demi-tour et échapper au danger.

Le navire de gauche est complet.

 
                 


Bibliografie :


E. Haddad, M. Avissar, A suggested reconstruction of one of the merchant ships on the mosaic floor in Lod (Lydda) Israel, in International Journal of Nautical Archaeology, vol. 32.1 , 2003
Z. Friedman, The Ships Depicted in the Lod Mosaic Reconsidered, in The International Journal of Nautical Archaeology, vol. 33 , 2004
B. Rosen, Comments on the Reconstruction of One of the Ships on the Lod Mosaic, in International Journal of Nautical Archaeology, vol. 33 , 2004
 
 
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