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Navire à l’oiseau de Tabarka
28 décembre 2008 | par Francis Leveque | réf. : fr.374.2008
Ve siècle ap. J.-C. | [fr] mosaïque
Tabarka, Afrique ( Tunisie )

Ce dessin d’un lourd navire doté de 2 mâts porte un autre message au moyen de l’oiseau sur la poupe. C’est le message d’un armateur chrétien.

 

Thabarka est une ville du nord de la Tunisie, fondée par les Numides et incluse dans la sphère d’influence de Carthage. Devenue une colonie romaine, elle devient le port principal pour l’exportation du marbre polychrome extrait des carrières de la ville de Simitthus (Chemtou). La ville a produit de nombreuses mosaïques d’époque romaine.

L. Basch a fait son commentaire depuis un dessin de cette mosaïque. La photo que j’ai réussi à me procurer en 2018 permet d’affiner l’analyse. Elle montre un navire du type galère, avec 2 mats et 2 gouvernails. En effet le mâtereau avant est si développé qu’on peut le compter comme un second mât. Contrairement à nos navires contemporains, ce second mat est oblique.
Sur la photo on constate bien que les voiles sont représentées car la couleur est légèrement plus beige que celle du fond. On reconnaît très bien, sur les deux mâts, les balancines qui supportent les vergues et les bras pour les orienter. De même le coin au bas de chaque voile est maintenu par une écoute.

La coque est dissymétrique. L’étrave est verticales au dessus d’un taillemer (la pointe est trop courte pour parler d’éperon) et elle se termine par une volute. La poupe est courbe. Elle est surmontée d’un oiseau qui paraît manger un épi.
Sur la coque une ligne parcourt toute la longueur du bateau et elle dépasse à l’extérieur de la poupe en s’épaississant. Une série de 11 petits carrés rouges lui est accolée en dessous. Le gouvernail sort de la coque sous cette ligne. L’interprétation laisse la place à plusieurs hypothèses. Il peut s’agir d’une préceinte haute et de sabords de nage. On peut voir aussi en ces carrés des supports d’une coursive externe protégée par un garde-corps. Mais il peut également s’agir d’une telle coursive et des sabords de nages dans lesquels les rames ne sont pas encore passés, sur le modèle de nombreuses autres représentations où on voit ce pont extérieur avec les rames sortant de la coque en dessous.
Le gouvernail (en forme de trident) est incliné vers l’arrière d’une petite structure sur le pont. En fait il y a bien 2 gouvernails, un pour chaque bord.

La schématisation du tracé ne permet pas d’approfondir la recherche. Mais L. Basch remarquait que l’adoption de 2 mats d’égale importance a eu très logiquement pour conséquence une répartition différente sur l’axe du navire. Le premier est très incliné vers l’avant alors que le second est reculé vers l’arrière.

Lorsque je trouve une reproduction complète du document en mai 2018 je constate ce que j’avais supputé : le contexte funéraire est bel et bien celui d’un chrétien. La mosaïque est en l’honneur d’un personnage (sur)nommé Felix, armateur :

Felix in pa/ce vix(it) an(nos) XXV / navicularius / ab oriis(!)cernis


Le chrisme au centre d’une couronne de lauriers, au sommet de la mosaïque, atteste le message chrétien de l’oeuvre.

 
        


Bibliographie :


Ch. Daremberg, E. Saglio, E. Pottier, Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines (DA), Hachette, Paris , 1873-1912, vol. III, fig. 3882
R. Du Coudray La Blanchère, Tombes en mosaïque de Thabraca , Paris , 1897, p. 24, n° 20, pl. II, fig. 11 [67]
Fondation Eugène Piot, Monuments et mémoires , in Monuments et mémoires , vol. XII, Académie des inscriptions et belles-lettres, Paris , 1905, p. 137, fig. 19
A. Merlin, Inscriptions latines de la Tunisie (ILTun), Presses universitaires de France, Paris , 1944, n° 1705
Cl. Lepelley, Les cités de l’Afrique romaine au Bas-Empire. Tome II, Notices d’histoire municipale, Études augustiniennes, Paris , 1981, p. 171
L. Basch, Le musée imaginaire de la marine antique (MIMA), Institut hellénique pour la préservation de la tradition nautique, Athènes , 1987, p. 482, 488, n° 1111
M. Longerstay, Nouvelles fouilles à Tabarka (antique Tabarca), in AFRICA, vol. X, Fouilles, monuments et collections archéologiques en Tunisie, Institut national d, Tunis , 1988, p. 233
F. Feraudi-Gruénais, Inschriften und Selbstdarstellung in stadtrömischen Grabbauten, Quasar, Rome , 2003, p. 42
M. Longerstay, De Thabraca à Tabarka, in Collection de l'École française de Rome, vol. Tabarka : histoire et archéologie d'un préside espagnol et d'un comptoir génois en terre africaine, XVe-XVIIIe siècle, 401, École française de Rome, Rome , 2008
 
 
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