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Musée archéologique de Dijon

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Modèle gallo-romain de Blessey
31 octobre 2016 | par Francis Leveque | réf. : fr.1578.2016
Ier siècle ap. J.-C. | [fr] modèle
Gaule ( France )

Ce modèle d’un bateau aux sources de la Seine symbolise la puissance de l’activité liée aux échanges réalisés sur cet axe navigable depuis une époque très ancienne.

 

Le modèle a été trouvé en 1763 à Blessey (Côte-d’Or). « L’objet se compose de sept pièces de bronze ajustées : les deux flancs de la coque, ses deux extrémités supérieures, et « l’éperon », soudées ; le pont amovible, et le personnage qui y est fixé par des rivets. » (P.M. Duval)

Dimensions :
- longueur : 54 cm
- profondeur : 16 cm au milieu
- largeur maxima : 17 cm

La coque
« Les deux flancs de la coque et le pont sont des plaques, épaisses de 1 à 2 mm, travaillées au marteau comme on le voit aux traces que présente l’intérieur de la coque à la hauteur de la ligne de flottaison. Les flancs ont été ajustés l’un sur l’autre irrégulièrement : aussi l’étrave, la quille et l’étambot ne sont-ils pas situés sur l’axe longitudinal de l’objet, mais déjetés de part et d’autre, le flanc de tribord étant plus haut que l’autre.
Après ajustage, les deux plaques ont été brasées : les points de soudure font saillie à l’intérieur, ils sont soigneusement limés à l’extérieur ainsi que le brasage d’une cassure du flanc de tribord, à 9 cm de la proue. » (P.M. Duval)
Il n’y a aucun détail de construction à l’intérieur de la coque, que le pont rend invisible. Il existe cependant des traces de peinture sur les flancs : un triple filet le long du bordage et 2 bandes de 4mm distantes de 29 mm qui représentent sans doute les 2 préceintes.

Le pont
Le pont s’ajuste mal tant les flancs ont reçu de bosses. Il est percé de 4 paires de trous et d’un tour isolé. L’une des paires permet de fixer le rameur ; il est aisé d’imaginer que les 3 autres paires avaient le même usage. La gravure de 1769 publiée par A. Blanchet montre un autre personnage semblable fixé dans les deux trous arrière gauche. L’un des bras est cassé. Le détachement violent du personnage a bosselé le pont à cet endroit, notamment à la place des fesses du rameur.
Le trou unique est accompagné d’une surface non oxydée qui devaient être l’emplacement de 2 supports pour un objet non identifié et décalé le long du bordé. Peut-être un timonier rivé, certainement pas un mat.

Les ornements des extrémités
Les seuls éléments décoratifs subsistants sur ce modèle sont aux extrémités supérieures de l’étrave ou de l’étambot. Ces motifs décoratifs ne permettent pas à eux seuls de distinguer la proue de la poupe : d’un côté, vers l’extérieur, une tête de cygne dont le bec est dirigé vers le bas ; de l’autre côté, une volute recourbée vers l’intérieur. Ces décorations métalliques sont creuses et obtenues par moulage. Elles sont soudées sur la coque.

« L’éperon »
Une forme composée de trois bandes d’égale hauteur mais de longueur décroissante vers le haut composent un triangle imparfait au bas de l’extrémité sous le cygne. Cet « éperon » est fixé non sur la jonction des deux flancs, mais sur le flanc de bâbord, une légère torsion vers la droite lui faisant rattraper l’axe longitudinal de l’objet. Cet appendice a vraisemblablement été obtenu par moulage.

L’orientation du navire
J’imagine mal le personnage subsistant sur le pont faisant usage d’une pagaie mais plutôt d’une rame. Le positionnement de son corps et de ses bras militent en ce sens. Or l’orientation des rameurs est toujours face à la poupe. Le cygne et « l’éperon »
seraient donc à la poupe. Mais quel est l’usage de cet « éperon » ? Un aileron de dérive ou un gouvernail d’étambot sous la ligne de flottaison, ce qui en ferait l’ancêtre des gouvernails modernes ?

Traces de l’usage du modèle
Les deux flancs ont été percés anciennement vers le milieu de la longueur et au tiers environ de la hauteur, de deux trous rectangulaires se faisant vis-à-vis, comme pour le passage d’une réglette permettant la suspension de l’objet ou sa fixation à une paroi, ou d’un chevalet assurant sa stabilité sur une surface plane. Quatre petits trous cylindriques et une incision, dans la partie inférieure et au centre du fond, sont modernes.

 
                    


Bibliographie :


, Musée archéologique de Dijon, Catalogue , n° 366, pl. XVI
A. Blanchet, Statuettes de bronze trouvées près des Sources de la Seine, in Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, vol. 34 , 1934, p. 72, fig. 4
P.-M. Duval, Du navire grec au navire romain, in Revue Archéologique, vol. 29/30 tome Ier, MÉLANGES D'ARCHÉOLOGIE ET D'HISTOIRE OFFERTS À CHARLES PICARD À L'OCCASION DE SON 65e ANNIVERSAIRE, Presses Universitaires de France , 1948
 
 
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