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Les navires du type Tragana

2 janvier 2014 | par Francis Leveque | *fr | XIIe siècle av. J.-C. | Iles de l’Egée ( Grèce )
 

C’est dans une tombe de Tragana, près de Pylos en Messénie, qu’est apparu pour la première fois sur une pyxis un type de navire totalement nouveau. Le professeur Korres a pu proposer une reconstitution complète du navire (à l’exception du sommet de la proue) grâce à la découverte des pièces manquantes. Cette reconstitution a été reprise ensuite par la plupart des spécialistes.

Ce type de navire daterait au moins des XIIe et XIe s. av. J.-C. Il est le successeur du type de Syros qu’il a remplacé sur une large partie de l’Egée.

Dessin de Korres repris par Wedde et Wachsmann ( L. Basch, n°298 C ) reconstituant le navire présenté sur la pyxis de Tragana

La coque et les rames

La coque est longue et horizontale, se terminant à la poupe par une haute courbure. Le timonier se tient là, avec son gouvernail. La quille se prolonge un peu au delà de l’avant. Il faut se limiter à y voir un taillemer plutôt qu’un éperon servant de bélier.

L’étrave est verticale. Contrairement aux navires de type Syros, il n’y a aucune hésitation sur l’orientation du navire.

Des traits verticaux au dessus de la quille représentent les couples qui s’élèvent jusqu’à un trait horizontal figurant le plat-bord (ou un pont central ?). Aucun tolet ne dépasse du plat-bord (contrairement à ce qu’imaginait L. Basch) donc chaque couple est aussi le point d’appui des rames. Le nombre de couples obtenu avoisine 25 ; ce n’est certainement pas un hasard s’il s’approche des pentécontores, navires propulsés par 50 rameurs (25 par côté) dont parle la littérature.

Mais le trait horizontal supérieur pourrait aussi montrer un pont sur lequel peuvent se tenir des soldats comme le montre les fragments de cratère ou de la poterie de Pyrgos Livanaton (Kynos) en Locride.

Le mat et la voile

La voile est représentée ballonnée par le vent. Si les points d’amure (les angles inférieurs de la voile) se présentaient ainsi pour un spectateur de profil, il est vraisemblable que la voile devait alors être tendue entre 2 vergues (ce qui manque encore de preuves).

Au sommet du mat un calcet circulaire composé de 2 anneaux devait permettre le passage de drisses fixées à la poupe. Il est intéressant de remarquer que l’une d’entre elle s’attache à mi-distance de la poupe et du mat. Était-ce pour lui permettre de régler la voilure ? Les cordages d’étais partant du calcet vers la poupe et la proue sont figurés d’un seul trait.

L’innovation : les gaillards ...

Autre innovation : un important château de proue, fait de poutres horizontales et verticales, et d’entrecroises. Homère désigne cette construction sous le nom d’ikria dans l’Illiade (XV, 435) et l’Odyssée (V, 163-164 ; V, 252-253 ; XII, 229,230). Ainsi, au chant V, Calypso ordonne à Ulysse de planter sur son radeau un ikria qui puisse le porter sur la brume des mers. Celui-ci, après avoir terminé le plancher, dresse l’ikria, et en fait le bordage de "poutrelles serrées, qu’il couvrit, pour finir, de voliges en long". Au chant XII, Homère mentionne expressément les ikria de l’avant, ce qui implique l’existence d’une structure similaire à l’arrière. C’est bien ce que montre le navire de Tragana : pour la 1ère fois le timonier bénéficie d’un abri ou d’un gaillard.

... pour le combat

Certains documents comme le cratère de Pyrgos montre à l’évidence que ce type de navire est conçu pour la guerre sur mer. Les soldats pouvaient se tenir sur le gaillard d’avant comme au centre du navire, armés de javelines qu’ils lançaient sur le navire ennemi. Les soldats sont encore en petits nombres, à moins que les rameurs ne viennent ensuite renforcer l’effectif offensif. Certains navires de ce type ne possèdent pas de gaillard. Peut-être pouvaient-on les ajouter en cas de besoin ? Peut-être aussi ne sont-ils apparus que plus tardivement, par exemple au milieu du XIIe s.

On se battait donc sur les gaillards d’avant, proue contre proue. L’éperonnage n’est pas encore d’actualité même si la proue sur les flancs d’un navires ennemi a pu avoir une utilité pour les soldats qui attaquaient. Au total ne devait compter qu’une cinquantaine d’homme à bord, dont une vingtaine de rameurs de chaque bord.

Reconstitutions 3D

Les reconstitutions graphiques 3D de P. Connolly (1) et Iakodaemon(2) ne me conviennent pas car le premier invente des tolets qui ne sont représentés sur aucun document, et le second cache les couples par un bordé qui ne permet pas la sortie des rames. La représentation la plus fidèle me semble celle de E. Shanower (3).

(1) (2) (3)



Bibliographie :


Kourouniotes, Pylou mèssèniakès tholôtos taphos, in Arch. Ephemeris , 1914
I.A. Sakellaratis, Elaphantinon ploion ek Mykenon, in Archaiologike Ephemeris , 1971
L. Basch, Le musée imaginaire de la marine antique (MIMA), Institut hellénique pour la préservation de la tradition nautique, Athènes , 1987
E.D. Oren, The Sea Peoples and Their World A Reassessment, University of Pennsylvania, The University Museum, Philadelphia , 2000
M. Wedde, Toward a Hermeneutics of Aegean Bronze Age Ship Imagery, Möhnesee : Bibliopolis, Mannheim , 2000
E. Shanower, Age Of Bronze - The story of the Trojan war, Image Comics , 2007
S. Wachsmann , Seagoing Ships and Seamanship in the Bronze Age Levant, Rachal Foundation Nautical Archaeology , 2008
 
 
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