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  Grèce hellénistique   :|:   Analyse

Les navires de type rhodien

15 novembre 2009 | par Francis Leveque | *fr | IIe - IIIe siècle av. J.-C. | Rhodes, Iles de l’Egée ( Grèce )
 

Pendant près d’un siècle et demi Rhodes a tenu une place incontournable dans les relations entre les cités hellénistiques. Elle doit son rang notamment à la qualité de sa flotte militaire qui lui a permis de contrôler les mers et d’être considéré comme le gendarme du monde méditerranéen.

Le navire rhodien

Le secret de fabrication des navires rhodiens était bien gardé. L’accès aux arsenaux était interdit aux personnes non autorisées (Strabon, XIV, 2-5). Mais l’iconographie nous permet de percer une partie du mystère.

La particularité du navire rhodien tient à l’arrangement de ses rames et à leur protection à l’intérieur d’un caisson de protection. Cet arrangement était invisible de l’extérieur. Le caisson protégeait l’innovation.

La caisse rames

La caisse de rames est une innovation rhodienne. Elle est l’héritière de l’apostis des trières qui n’était qu’une simple poutre. Elle épouse la forme de la coque (cf. schéma ci-contre). La caisse de rames s’appuie sur l’apostis et recouvre les rames et leur point de fixation. Elle est renforcée à l’avant par un véritable joug renforcé (composé de 2 antérides renforçant l’épotide de chaque côté).

Il est donc clair qu’on a cherché à cette époque à protéger autant l’apostis (en le renforçant) que les rameurs (en les couvrant par une caisse), mais qu’on s’est également servi de cette caisse de rames (et de son joug) pour percuter et fracasser une structure ennemie. Le navire possède alors 3 points de percussion : la proue (éperon et stolos) et les 2 joug des caisses de rames de chaque côté.

Les rangs de rames

Sur la caisse de rames de la Victoire de Samothrace les sabords de nage sont répartis sur 2 rangs faiblement décalés en hauteur. Le décalage dans la longueur est faible également. L. Basch y voit une similitude avec la trière archaïque, à la différence près que chaque rame est maintenant manœuvrée par plusieurs hommes.

Car à cette époque les auteurs anciens expliquent que le navire principal était une quinquérème, un « cinq ». Il s’agissait d’un type de galère à un seul rang de rames, mues chacune par 5 rameurs. Ce type est celui employé par Denys l’Ancien et par les romains d’après leur modèle punique vers 260.

Grâce aux représentations iconographiques, nous savons que les rhodiens avaient donc mis au point le « cinq » à 2 rangs de rames au début du IIIe siècle. La rame du bas devait être mue par 2 rameurs, celle du haut par 3 rameurs. Si on compte 27 rames par rang et par côté on totalise 270 rameurs auxquels on ajouté l’équipage. Cela correspond au texte de Polybe (I, 26.7) qui annonce 300 rameurs.

Un navire plus puissant

Le navire avait dû gagner en puissance car les rameurs devaient faire des mouvements plus adaptés. Dans un « cinq monorème » les 2 rameurs des extrémités ne pouvaient pas exprimer toute leur force à cause d’une amplitude trop faible ou trop forte. Ici la longueur des rames devait réduire l’amplitude du mouvement.

Le navire « cinq birème » perdait peut être également de la largeur, et donc du poids.

Ces 2 atouts devaient le rendre plus rapide que les anciens cinq. Cela explique la surprise des romains lors de l’utilisation de ce type de navire par Hannibal le Rhodien à Lilybée en 250. Le surnom du général carthaginois est peut être révélateur d’une filiation directe (Rhodes ayant fourni à Carthage leur « cinq birème ») ou plus certainement d’une filiation indirecte (Carthage s’inspirant du modèle rhodien).



Bibliographie :


L. Basch, Le musée imaginaire de la marine antique (MIMA), Institut hellénique pour la préservation de la tradition nautique, Athènes , 1987, p. 353-354
 
 
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