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Les gravures de Nag el-Hamdulab

21 septembre 2014 | par Francis Leveque | *fr | graffiti | 4e quart du IVe millénaire av. J.-C. | Egypte (Haute Egypte) ( Egypte )
 

En 2009 une équipe internationale d’égyptologues a retrouvé des gravures sur le site à l’oust du village Nag el-Hamdulab, sur la rive ouest du Nil, à 6 km au nord d’Assouan, en Egypte. Cette redécouverte a été réalisée grâce à une indication trouvée dans un livre du XIXe siècle.

Au XIXe s., A.H.Sayce avait situé le lieu des gravures du coté du Garb Aswan sans plus de précision. Les gravures du site avaient été dessinées par Nabil Swelim en 1980 et Labil Habachi devait la publier, ce qu’il ne put faire avant sa disparition. En 2009 Mme Gatto pensait ce graffito detruit ; son repérage et les photographies actuelles rassurent les archéologues même si on déplore des dégradations contemporaines.

Le site se compose de plusieurs scènes où des navires tiennent un rôle important. Tous ces navires n’ont pas la même silhouette. Un roi anonyme portant la couronne blanche apparait également dans 3 tableaux.

Tableau 7a

Le tableau 7a, le plus grand du site 7, est visible de l’oued mais avec difficulté, il n’est cependant pas caché. Il a été vandalisé à une époque très récente.

La scène est organisée autour de 5 bateaux. Un premier groupe de 4 navires est en forme de croissant avec la proue et la poupe remontant très haut. Leur extrémité est plus épaisse que le montant. Ils n’ont pas de rames. On compte 2 cabines sur chaque navire et un étendard en croissant (2 cornes ?) sur l’une d’elles. A l’avant de chaque bateau pend une corde courte, une branche avec 3 rameaux. Le second bateau à gauche présentait un étendard avec un faucon en haut mais il est maintenant détruit. Les cabines du 1er bateau sont également surmontées d’un bâton et d’un cercle dont l’interprétation est difficile mais qui est souvent attesté par ailleurs.

Le profil du 5e bateau est bien différente. La proue est étroite et fait un crochet tandis que la poupe se termine par une ligne supérieure droite. Il n’a qu’une cabine voutée, pas de branche, ni d’étendard. Il semble transporter un cercueil et serait donc une barque funéraire au profil similaire rencontré à des époques plus tardives. Cela rappelle la composition et l’interprétation données à la peinture de la tombe 100 de Hierakonpolis.

Tableau 7d

Un seul bateau est ici figuré devant une scène de combat. Il est très détérioré mais laisse apparaitre 2 cabines identique à celles du tableau 7a. Un longue rangée de traits verticaux au dessus du bateau est mal expliquée.

Interprétation des tableaux 7

Ce groupe 7 est souvent appelé « procession de navires royaux » car un personnage portant ce qui pourrait être la couronne blanche de la Haute Egypte est devancé par 2 porte-étendards et suivi par un porte éventail. dynastie. L’ensemble est entouré de scènes de combats qui expriment peut être un contexte de guerre dans la région.

L’interprétation des 4 signes hiéroglyphiques du tableau 7a est plus complexe. Ils ne semblent pas nommer le roi (comme cela se fera à la Ière dynastie). Mais le signe sms réfère à une procession nautique, un déplacement de la cour. Il rappelle le déplacement biennal de la cour royal, selon le « rite d’Horus », et qui servait à imposer l’autorité royale et prélever des taxes.

Datation des tableaux

La forme des bateaux et le mélange de 2 formes différentes apportent des similitudes avec la peinture de la tombe 100 de Hierakonpolis mais avec des différences. La forme de la couronne du roi, la taille du roi, la présence de hiéroglyphes et le nombre d’enseignes envisagent une datation proche mais antérieure à la masse d’arme du roi Scorpion et la palette de Narmer et autres documents de ce roi. Stan Hendrickx propose donc le tout début de la période Nagada III, vers 3200 av. J.-C.

Tableau 2a

Les 2 navires ont une silhouette très différente avec des caractères communs. Ils sont orientés vers la droite puisqu’on peut distinguer un timonier et sa rame-gouvernail sur chaque navire à gauche. Les nombreux traits verticaux en travers de la coque sont peut-être la représentation de rames. La coque est plutôt plane mais la proue est très fine et remonte très haut au dessus du pont. Le navire du haut semble avoir une poupe quasiment verticale, mais remontant un peu moins haut que la proue.

Il n’est pas sûr que des cabines soient installées sur ces navires (sauf peut-être sur le navire du bas). Sur celui du haut un personnage semble représenté sur un podium (il ne me semble pas assez haut pour y voir une cabine). Il porte la Couronne Blanche. Un trait vertical à sa droite est peut-être la représentation d’un mat portant une enseigne.

Tableau 1b

Le navire, ici orienté vers la gauche, a une grande ressemblance avec le navire du bas du tableau 2a. Il comporte 2 cabines mais pas de rames. Que sont alors les silhouettes humaines à bord ?

Tableau 2c

Ce navire orienté vers la gauche a été fortement martelé à une époque récente. Il est également très proche du navire du bas du tableau 2a. Il compte 2 cabines et des rames.



Bibliographie :


D. Usai, S. Salvatori, The oldest representation of a Nile boat, in Antiquity, vol. 81 , 2007
M.C. Gatto, The Aswan area at the dawn of Egyptian history, in Egyptian Archaeology (online paper) , 2010
Stan Hendrickx, John Coleman Darnell, Maria Carmela Gatto, The earliest representations of royal power in Egypt : the rock drawings of Nag el-Hamdulab (Aswan), vol. 86, Antiquity Publications Ltd. , 2012, p. 1068–108
S. Hendrickx, J.C. Darnell, M.C. Gatto, M. Eyckerman, Iconographic and Palaeographic Elements Datinga Late Dynasty 0 Rock Art Site at Nag el-Hamdulab (Aswan, Egypt), in International Colloquium The Signs of Which Times? Chronological and Palaeo Environmental Issues in the Rock Art of Northern Africa Royal Academy for Overseas SciencesBrussels, 3-5 June, 2010 , 2012, p. 295-326, fig. 1-2
 
 
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