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Les graffiti de Dramesi

6 avril 2015 | par Francis Leveque | *fr | graffiti | XIIe - XIIIe siècle av. J.-C. | Hyria, Béotie ( Grèce )
 

Les gravures proviennent de Dramesi, village de Béotie proche d’Aulis, identifié à Hyria . Dans la plaine côtière la surface est parsemée de tessons de poteries mycéniens datés de l’Helladique Ancien. D’après Homère, c’est d’Hyria que sont partis les 50 bateaux béotiens pour la guerre contre Troie.

Les gravures sont creusées dans la surface d’un pilier trouvé peu avant la seconde guerre mondiale par des fouilleurs clandestins dans une tombe de Dramesi. Ce pilier put être récupéré brisé, par les autorités grecques et une photo de ces fragments en fut publiée par C.W. Blegen en 1949. L. Basch retrouva les fragments du piliers en 1969 dans le musée du gros bourg de Schimatari, près de Tanagra. Mais une partie avait malheureusement disparu.

On y voit une série de navires appartenant aux types les plus divers et n’ayant en commun que d’être tous soumis à "la perspective aux rayons" X, comme la décrit L. Basch. Ainsi on y voit l’intérieur des navires, et plus exactement les pièces structurelles de charpenterie.

Pour L. Basch, sur le fragment disparu on distingue, de haut en bas, une petite barque, un navire de taille plus importante pourvu d’un gaillard à une extrémité (l’autre extrémité a disparu) et un dernier, en bas, plus grand encore et également pourvu d’un gaillard et peut-être d’un gréement mais la photo n’en permet pas l’analyse.
Le bateau central présente une structure longue et rectiligne caractéristiques des bateaux longs. Il dispose nettement d’un gaillard d’avant. Celui du bas est plus court et plus courbe, peut-être est-il l’un de ces bateaux ronds qui servaient au transport. Il dispose d’un mat et une vergue très schématiques.

Le fragment conservé présente en haut un bateau rond et, au dessus, un bateau long. Le bateau à quille arrondie est pourvu d’un gaillard d’avant et peut-être d’un autre à l’arrière. Cependant on ne constate aucun gréement.
Le bateau long a une quille absolument droite et un gaillard d’avant. Au bas de l’étrave on repère une courte projection qui rappelle les (futurs) éperons. Les couples sont nombreux (plus de 20). Ils atteignent le plat-bord sauf à l’avant et à l’arrière ; L. Basch n’y trouvait aucune explication. Un mat central supporte une voile dont les bords haut et bas sont rectilignes. L. Basch estimait qu’il s’agissait d’une voile entre 2 vergues. Peut-être les 2 perches surmontées d’un croissant sur le pont sont elles des supports pour le gréement lorsqu’il est démonté, comme on le voit sur des bateaux égyptiens plus anciens (Les tombes de notables de Beni Hassan, Les bateaux du mastaba de Niankhkhnoum et Khnoumhotep, Les modèles de bateau de Méketrê, etc.).

La ressemblance avec le navire peint sur une pyxis de Tragana (Messénie) et avec celui représenté sur le sarcophage de Gazi est frappante. Il s’agit d’un navire conçu pour le combat, navire long et étroit, équipé d’un gaillard d’avant et d’un gaillard d’arrière (pour le timonier ? pour le combat ?). L’éperon existe mais il n’est pas encore développé ; il n’est donc pas l’arme principale mais plutôt un taillemer. L’étrave verticale joue sans doute un rôle important lors de la percussion du navire adverse puis de son abordage. Elle doit donc être d’une particulière robustesse. Ces bateaux de guerre sont équipés d’un mat démontable et d’une voile carré fixée entre 2 perches. Ils sont également mus à la rame, peut-être une vingtaine par côté si les traits verticaux correspondent à des couples et à des emplacements de rames. Avec l’équipage, le nombre total d’hommes embarqués ne devait pas dépasser de beaucoup la cinquantaine.



Bibliographie :


C.W. Blegen, Hyria, in Hesperia, supplement 8 , 1949, p. 39-42
L. Basch, Le musée imaginaire de la marine antique (MIMA), Institut hellénique pour la préservation de la tradition nautique, Athènes , 1987, p. 143-145
 
 
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