Grèce siècles obscurs   :|:   Analyse

Les fibules de Béotie des VIIIe-VIIe s. av. J.-C.

2 mai 2013 | par Francis Leveque | *fr | VIIe - VIIIe siècle av. J.-C. | Grèce centrale ( Grèce )
 

L’iconographie navale béotienne de l’époque géométrique a ceci de particulier qu’elle est exclusivement constituée de gravures sur des fibules. Celles-ci apparaissent en Grèce à la fin de la période mycénienne. A l’époque géométrique, la plupart du temps en bronze, leur développement est considérable tant en quantité que sur le plan artistique : la plaque de fermoir de forme carrée ou, plus rarement, arquée devient de plus en plus grande et reçoit un décor gravé.
Le répertoire des gravures des fibules est très voisin de celui des peintres de vases athéniens du VIIIe s. : figures géométriques, swastikas, oiseaux, poissons, chevaux, guerriers et navires. Toutefois, ce répertoire est dénué de tout caractère funéraire propre aux peintures du Dipylon.

La date de ces fibules est très controversée. Si le répertoire s’apparente à celui du monde géométrique, le contexte archéologique et le style de certaines images indiquent, pour la plupart d’entre elles, une date postérieure à 700 av. J.-C., généralement de la première moitié du VIIe s.

La plupart des fibules proviennent de sites béotiens (Thèbes, et ses environs, Chéronée, Thisbé), même si certaines ont été trouvé ailleurs (ex. : à Athènes, en Crète).

Si l’intérêt des Béotiens pour les navires peut surprendre (on les considère plutôt comme un peuple de terriens), il ne faut pas oublier que c’est d’Aulis en Béotie que la flotte achéenne met la voile pour Troie et que le contingent béotien occupe la première place dans le catalogue des vaisseaux au chant II de l’Illiade.

Les navires représentés sur ces fibules sont assez homogènes. Ils diffèrent des navires athéniens par l’absence de lisse de nage et de véritable gaillard d’arrière (à sa place nous voyons un léger abris constitué probablement d’une toile montée sur des arceaux), mais possèdent un château de proue très développé (comme sur les navires mycéniens) et un stolos ou un aphlaston terminé par une corne portant à son extrémité une sorte de boite plus ou moins rectangulaire. Leur étrave est verticale munie de pointes au dessus d’un long éperon éfilé. Ils se rapprochent en cela du navire du bandeau d’or du Céramique et du graffito phénicien de Kition (Chypre).

La structure du mat est intéressante : il est le plus souvent solidaire d’une espèce de chevalet, certainement disposé dans le sens de la largeur et reposant donc sur chaque bord. Cela permet de répartir ainsi le poids du mat, de la vergue et de la voile. Cela signifie également que la quille ne devait pas être assez solide pour supporter seule un tel dispositif. Accessoirement le chevalet devait faciliter l’abattage du mat.

L’usage guerrier de ces navires ne fait pas de doute. Ils servent à transporter des guerriers et des chevaux bien visibles sur de nombreuses représentations.



Bibliographie :


L. Basch, Le musée imaginaire de la marine antique (MIMA), Institut hellénique pour la préservation de la tradition nautique, Athènes , 1987, p. 190-191
 
 
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