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Haut Empire Romain

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Les Thermes de Cluny à Paris

4 septembre 2016 | par Francis Leveque | *fr | sculpture | 1ère moitié du IIe siècle ap. J.-C. | Paris (Lutecia), Gaule ( France )
 

Quel poids de la corporation des nautes parisiens peut révéler ce thème décoratif dans les thermes de Cluny à Paris ?

Après la conquête romaine de la Gaule, en 52 av. J.-C., la ville gallo-romaine de Lutèce se développe sur les flancs de la montagne Sainte-Geneviève, sur la rive gauche de la Seine. Elle s’équipe, comme partout dans l’Empire, de bâtiments monumentaux qui sont les symboles de la culture romaine : notamment des thermes, des arènes, des temples, des rues, etc. Les thermes de Cluny constituent le plus grand monument gallo-romain conservé au nord de la Loire, bien que partiellement ruiné, d’une longueur de 100 mètres sur une largeur de 65 mètres.

Les thermes ont été construits sur un emplacement auparavant occupé par des maisons gallo-romaines. Ils ont pu être édifiés dans la première moitié du IIe siècle et seraient restés en usage jusqu’au début du IVe siècle.

L’étude de Paul-Marie Duval a permis de mieux comprendre la décoration de la salle centrale. Chacune des 8 consoles qui supportent encore les voutes antiques étaient décorée d’une proue de navire. Seules 5 laissent encore apparaître des détails de ces illustrations.

Les navires figurées dans ces thermes sont tous porteurs d’armes nombreuses, et disproportionnées pour les mettre en valeurs. on y trouve des boucliers, des casques et des javelots. Il a semblé logique dès lors de se demander s’il s’agissait de représentation de navires de guerre.

Un navire de guerre romain se conçoit avec un éperon. « C’en est l’élément essentiel, celui qu’on détache comme dépouille (soit sur les colonnes rostrales, soit sur les reliefs triomphaux : voir l’arc d’Orange), celui qu’on schématise jusqu’à la caricature sur les monnaies. [...] Ici les proues sont arrondies et ventrues. » (P.M. Duval)

La forme arrondie de ces proues rappellent principalement les formes de navires de transports. Pour P.M. Duval, « les tritons qui ornent les flancs constituent un parti décoratif habituel aux navires de commerce, non aux galères : dans l’Antiquité comme de nos jours, les flancs des navires de guerre étaient nus ; ils portaient comme toute décoration, à l’avant, l’œil ou le poisson, tandis que les coques des voiliers de commerce étaient décorées de toutes sortes de sujets mythologiques. »

« Matés ou non, ce sont des vaisseaux marchands à la coque relevée et arrondie aux deux bouts, et, puisque les rames sont figurées et non le mât, nous sommes en droit de songer plutôt à ces grosses barques fluviales dont on a, en Gaule, plusieurs représentations, et où le mât n’existe pas. » (P.M. Duval)

J’aime la conclusion de P.M. Duval : « L’interprétation de ces barques chargées d’armes est d’autant plus ardue que des consoles de cette forme ne se trouvent nulle part ailleurs dans l’architecture antique. Le fait est curieux, car la forme du navire convient particulièrement. »

Puis il explique comment il estime l’ancienneté de la navigation sur la Seine dont les parisiens gaulois se sont rendus experts. « L’existence d’un groupement professionnel est, dès ce moment (l’époque gauloise indépendante), hautement vraisemblable. » Le monument public que sont les thermes a peut-être été construit au IIe s. ap. J.-C. avec le soutien de la corporation des nautes, ces armateurs qui dominent la vie de la cité. Cela se traduit par les choix de la décoration sculptée. Rien ne dit que les autres espaces décoratifs aient pu également contenir ce thème mais il n’en est malheureusement demeuré aucun reste.



Bibliographie :


P.M. Duval, Proues de navires de Paris, in Gallia , vol. 5 , 1947
 
 
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