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Le navire à voile latine sur la mosaïque de Kelenderis
réf. : fr.1727.2018 | 30 juin 2018 | par Francis Leveque
mosaïque | Ve siècle ap. J.-C.
Cilicie ( Turquie )

Ce navire qui entre dans le port est essentiellement une oeuvre réalisée pour un public étranger. Le port n’est pas l’élément essentiel mais bien davantage ce navire doté d’une étrange voile trapézoïdale qui fait penser à une voile latine.

 

Kelenderis (aujourd’hui Aydincik depuis 1965), dans la province de Mersin en Turquie, était, dans l’Antiquité, un port de Cilicie, fondé au IIe millénaire av. J.-C. par les Phéniciens ou, selon la légende, par Sandacos, un phénicien venu de Syrie. Ce port est réputé pour être un des meilleurs ancrages de la côte.

La mosaïque de pavement découverte en 1992 est datée du Ve siècle ap. J.-C. Elle fut mise au jour sur le site archéologique nommé « Ruine de l’auberge » par le Professeur Levent Zoroğlu de l’Université de Selçuk (à Konya en Turquie) et son équipe.

Les dimensions de la mosaïque au sol est de 12 x 3,2 m. Elle représente le port, deux navires, une barque et une partie de la ville. Il n’y a ni humain ni arbre sur la scène. Il en ressort un arrangement topographique obscur comparé à l’actuelle Kelenderis.

La coque coque du navire Kelenderis est allongée et présente une forme fuselée, une proue mince et une large poupe arrondie. Cette forme très arrondie de la coque interpelle ainsi que l’étrange façon de montrer la poupe presque de face. Cette silhouette diffère notamment des corbita comme le souligne Zaraza Friedman (2007). Ce n’est pas non plus un dromon puisque le navire de la mosaïque ne dispose pas de castellum. Zaraza Friedman (2007) suggère d’y voir plutôt un phasolos, c’est à dire un cargo de taille sans doute imposante.

Le Port. En effet le panorama de la ville de Kelenderis représente essentiellement un port, une péninsule entourée de murs sur la rive, comprenant un bain romain, un portique, des entrepôts, un temple(?) et quelques autres structures. Les structures autour du port sont positionnées dans des directions opposées et dans un sens tridimensionnel différent, en se positionnant comme le marin perçoit la berge depuis le bateau. La ville semble vue par un étranger arrivant par la mer car ce sont les bâtiments importants pour un étranger qui sont représentés.

Sur le pont, comme sur les graffiti de Corinthe et de Kellia, on remarque une structure centrale ouverte qui n’est pas une cabine (L. Basch appelle ces structures typique de la marine byzantine des xylokastron). Au pied du mat, L. Basch a bien montré que les étambrais existent dès l’époque romaine ; comme le signalait P. Pomey, ils sont reconnaissables ici et ils servaient à maintenir le mat. En complément d’équipement, il faut signaler une série de 4 piquets à l’avant, et le même système de double rame-gouvernails. Une double drisse maintient le mat vers l’arrière ; cette taille guinderesse se compose de ces 2 cordes et de 2 blocs (supérieur et inférieur).

La vergue fortement inclinée dans le sens longitudinal supporte une voile trapézoïdale (comme on le constatera souvent à l’époque byzantine) dont la partie inférieure a été enroulée. Ainsi la partie arrière de la voile est bien plus large que l’avant. Elle ressemble alors à une voile latine. Même si elle n’est pas vraiment une vraie voile latine, l’intention des marins est bien de disposer d’une voilure adaptée. Par conséquent, la voile offre sa part la plus large, la partie arrière, au vent. Cela explique pourquoi le mât, l’étai et la double drisse sont visibles. Seul l’enroulement de la voile passe devant le mat, ce qui est manifestement une erreur de l’artiste qui a réalisé la mosaïque. Ainsi, Patrice Pomey conclue sur cette voile en l’associant à la terminologie de François Beaudouin (1990) en tant que « voile latine orientale ».
L’enroulement de la voile par le bas pourrait être une méthode pour obtenir cette forme de voile latine, mais cela pourrait être aussi la représentation de la voile dans son état replié pour le repos. On a des représentations semblables de la voile repliée sur de nombreux navires égyptiens.
Une corde transversale lie l’a voile d’un bout à l’autre, avec une série de lanières pendantes.

Le mat central est surmonté d’un drapeau. Juste sous le drapeau on distingue un disque. Le graffito de Corinthe montre le même disque. Mais sur le petit mat de devant (un beaupré ?) P. Pomey assure qu’il s’agit d’une croix byzantine.
L’artiste a montré un étais qui relie le mât central à l’avant. Il a montré aussi une autre fixation vers le bordé arrière bâbord au moyen d’un palan.

Les gouvernails sont au nombre de deux. Ils sont fixés au bordés selon une méthode invisible ici. Le haut des 2 pelles n’est pas traité comme la moitié basse : cette dernière est recouverte par davantage de traits blancs horizontaux qui figurent l’écume. Ces deux gouvernails sont donc bien enfoncés dans l’eau même si l’artiste a choisi de nous les montrer dans leur totalité.

Les barques à l’arrière du navire principal de cette mosaïque sont de type différent. L’une est une simple petite barque comme on en voit beaucoup et qui servait de sauvetage ou pour accoster le rivage. L’autre est un bateau complet, disposant d’un mat et d’une voile repliée sur la vergue située au sommet du mat. Toutes deux sont attachées au navire principal par une corde. On constate que cette barque comporte la même corde transversale, d’un bout à l’autre de la voile, avec une série de lanières pendantes.

L’artiste a insisté sur les vagues. Les nombreuses séries de lignes montrent une mer subissant un vent fort.

 
              

Bibliographie :

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  • L. Basch, Un navire marchand byzantin à Corinthe, in Neptunia, vol. 181 , 1991, p. 14-21
  • L. Zoroglu, Kelenderis 1992 Yili Kazi ve Onarim Çalismalari, in Kazi Sonuçlari Toplantisi, vol. 15, II, Ankara , 1993, p. 189-209
  • L. Zoroglu, Bir Mozaik Üzerinde Kelenderis Betimlemesi, in Yili Anadolou Medeniyetleri Müzesi Konferanslari, Ankara , 1994, p. 31-40
  • L. Zoroglu, Kelenderis Mozaigi, in International Symposium on Settlement and Housing in Anatolia Through the Ages, 5–7 June 1996, Istambul , 1999, p. 514-524
  • Z. Friedman, Ship iconography in mosaics—An aid to understanding ancient ships and their construction, University of Haifa , 2003
  • P. Pomey, Un nouveau témoignage sur la voile latine : la mosaïque de Kelenderis (v. 500 ap. J-C. ; Turquie), in The 9th International Symposium on Ship Construction in Antiquity held in Agia Napa, Cyprus , 2005
  • Z. Friedman, Kelenderis Ship — Square or Lateen Sail ?, in International Journal of Nautical Archaeology, vol. 35.1 , 2006, pp 108-116
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  • O. Roberts, The Rig of the Kelenderis Ship Reconsidered, in The International Journal of Nautical Archaeology, vol. 35.2 , 2006, p. 330-331
  • F. Friedman, Reply : the Kelenderis Ship, in The International Journal of Nautical Archaeology, vol. 36, 2 , 2007, p. 417-419
  • J. Whitewright, The Mediterranean Lateen Sail in Late Antiquity, in The International Journal of Nautical Archaeology, vol. 38,1 , 2009, p. 97–104
  • J. Whitewright , Technological Continuity and Change : The Lateen Sail of the Medieval Mediterranean, in Journal of the Medieval Mediterranean , vol. 24 , 2012, p. 1-19
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