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Le modèle de Kerdôn à Beth Maré (Syrie)
21 février 2017 | par Francis Leveque | réf. : fr.1559.2017
1er quart du IIe siècle ap. J.-C. | [fr] modèle
Palestine ( Israel )

Ce modèle avait été conçu pour être suspendu et donc vu du bas. Il a été modifié ensuite en lampe à huile. Il est un excellent exemple des navires de commerce de la côté syrienne.

 

En 1951, H. Seyrig publie ce modèle de bronze, long de 39.5 cm, parmi tout un lot d’Antiquités. Il aurait été découvert à Aithenit, village situé dans la vallée du Litani, à 50 km à l’est de Saïda, à 70 km de Banias, et 25 km de Medjdel Andjar, l’ancienne Chalcis du Liban. La coque a été coulée à la cire perdue puis l’éperon, les coursives, le dragon, l’ornement de pour et son bastingage ont été soudés par la suite.

Il porte sur son flanc l’inscription suivante (en grec) :
" L’an 232, Kerdôn, fils de Diodôros, a dédié (cet objet) à ses propres frais au dieu Zeus Baithmarès ". Cette divinité est vénérée à Beth-Maré, en Syrie.

La date appartient à l’ère de Sidon qui débute en 111 av. J.-C. La 232e année est donc 121-122 ap. J.-C., soit pendant le règne d’Hadrien. D’après H. Seyrig, Zeus Baithmarès porte un nom lié à une localité nommée Beth-Maré (probablement BT MR’ en araméen) « la maison des prés » qu’il rapprocha immédiatement du petit village de Bmaria (BMRY’) à 5 km au nord d’Aithenit. Baithmarès est donc une des nombreuses formes locales du dieu suprême des Syriens.

H. Seyrig, précise que cet objet a été conçu pour être suspendu dans le temple par une chaînette. « Mais, dès l’antiquité, une transformation malhabile en a fait une lampe, munie de deux becs et d’un pied de qualité inférieure (...). L’inscription, tracée avec beaucoup de soin, appartient certainement au premier état de l’ex-voto. »

Le navire se compose de sa coque qui n’est pas dotée d’une quille.

L’ornement du sommet de la poupe est évasé comme un bouton de lotus égyptien. Selon L. Basch, on le retrouve ce détail depuis le Nouvel empire Egyptien et jusque sur certaines représentations figurées sur les mosaïques du Portiques de Corporations d’Ostie.

Les deux demi-pont appartiennent à la longue histoire du Levant. Chaque demi-pont est protégé par un bordé plus élevé qu’au centre.

Le trou rond (diam. 16 mm) percé au milieu du vaisseau devait accueillir un mat. L’autre trou percé dans le demi-pont avant (diam. 14 mm) a pu recevoir un autre mat, peut-être incliné. Des galeries étroites courent le long de chaque bord permettant ainsi l’ouverture d’une très large cale. Ce sont des coursives placées à l’extérieur, qui permettent de passer d’un pont à l’autre. La rambarde de ces galeries comporte des croisillons sur le même modèle que la colonne trajane. L’avant des coursives est fermé pour éviter de paquets d’eau mais il est ouvert à l’arrière pour permettre l’utilisation du gouvernail et le protéger ; on peut également y voir un accès pour le chargement.

L’étrave verticale comprend un long éperon courbe dont l’extrémité de section quadrangulaire diffère fortement des éperons-trident des navires de guerre. Le sommet de la proue s’élève finement très haut et comporte une belle décoration composée d’un dragon ailé.

Les deux préceintes visibles sur les bordés ne correspondent pas à un alignement de l’éperon ou d’un proembolon (absent). Les préoccupations techniques relèvent donc d’un usage commercial de ce bateau (et non pas d’un usage guerrier) comme son profil rond le laissait supposer.

L. Basch rapproche ce modèle de la représentation d’un autre navire de commerce à Palmyre.

 
                       


Bibliografie :


H. Seyrig, Antiquités de Beth Mare, in Syria , vol. 28 , 1951, p. 101, pl. IX-XII
L. Basch, Trois modèles de navire en marbre au Musée de Sparte , in L Antiquité classique, vol. 38-2 , 1969, p. 443-444, fig. 5 D
L. Basch, Le musée imaginaire de la marine antique (MIMA), Institut hellénique pour la préservation de la tradition nautique, Athènes , 1987, p. 455-457, n° 1011-1013
 
 
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