Egypte pharaonique   :|:   Analyse

Le chantier naval du mastaba de Ty

13 décembre 2014 | par Francis Leveque | *fr | sculpture - sépulture | 2e moitié du XXVe siècle av. J.-C. | Saqqarah, Egypte (Basse Egypte) ( Egypte )
 

Ty est un haut fonctionnaire égyptien de la cour sous la Ve dynastie. Il a vécu sous les règnes de plusieurs pharaon, de Neferirkare-Kakai (2446-2438 av. J.-C.) à Niouserrê (2420-2389 av. J.-C.). Il occupait la fonction de Directeur des coiffeurs de la Grande Maison, ce qui faisait de lui un proche du souverain. Il porte également le titre de « Surveillant des pyramides de Niouserrê »

Son mastaba (n°60 selon Jacques de Morgan ou n°D22 selon Mariette), à Saqqarah, a été découvert en 1860 par Auguste Mariette. Le mastaba se trouve à l’extrémité nord de la nécropole de Saqqarah.

On pénètre dans la chapelle par son coin nord-est. La pièce mesure 7,27 X 4,93 m, et comporte deux piliers carrés en son centre. Sur la paroi est nous retrouvons le thème des travaux agricoles sur la moitié gauche ; au centre Ty se présente avec sa famille et sa titulature ; à droite, sous un large espace détruit, reste un exceptionnel ensemble sur 3 registres représentant un chantier naval.

Même amputé de la partie supérieure, l’ensemble est suffisamment explicite pour tirer de nombreux enseignements sur les méthodes de construction de bateaux égyptiens au milieu du IIe millénaire av. J.-C.


Avec toutes les précautions à prendre quant au réalisme de la représentation, nous allons essayer d’analyser cette représentation exceptionnelle d’un chantier naval du IIIe millénaire pour en tirer le maximum d’enseignements pertinents.

L’outil principal est l’herminette. A toutes les étapes des ouvriers taillent l’allure du bateau en forme de croissant. Ce qui signifie que le matériau principal est bien le bois issu de billes très épaisses et que confirment les légendes.

Les pièces de bois sont assemblées et maintenues par tenons et mortaises. Les poutres centrales maintiennent les lourdes pièces au-dessous, lesquelles sont taillées en biseau pour que leur poids et la poussée de l’eau contribuent au serrage.

Puis les extrémités (proue et poupe) sont taillées en pointe non pas à l’horizontal mais avec une légère orientation vers le haut. Par dessus cette base, il semblerait qu’une seconde épaisseur soit fixée par ligature, épaisseur composée de roseaux ?

Le calfatage n’est pas montré, c’est pourtant cette opération qui assure l’étanchéité de l’embarcation. Ou cette opération est négligée par Ty ou elle n’a pas lieu. On peut en effet considérer que la partie du bateau sous la ligne de flottaison est massive et que la partie utilisable se trouve au dessus de toute entrée d’eau.

Il manque également l’installation des rames et du mat, et de tous les équipements nécessaires à la navigation. Peut-être étaient-ils figurés plus haut, dans la partie manquante.

L’intérêt pour une telle activité montre que Ty devait diriger des chantiers navals, permanents ou temporaires ?



Bibliographie :


G. STEINDORFF, Das grab des Ti, Hinrichs'sche Buchhandlung, Leipzig , 1913
P. MONTET, Les scènes de la vie privée dans les tombeaux égyptiens de l’ancien empire, Istria, Strasbourg , 1925
F. DAUMAS, G. GOYON, Le tombeau de Ti, in MIFAO 65, vol. I, Les approches de la chapelle par EPRON Lucienne, Le Caire , 1939
H. WILD , Le tombeau de Ti, in MIFAO 65, vol. II, La chapelle (première partie), Le Caire , 1953
H. WILD , Le tombeau de Ti, in MIFAO 65, vol. III, La chapelle (deuxième partie), Le Caire , 1966
L. BASCH, La construction navale égyptienne, in Égypte Afrique & Orient, vol. 1 , 1996
 
 
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