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La navigation en Méditerranée à l’Age du Bronze III-IIe millénaires av. J.-C

27 avril 2015 | par Francis Leveque | *fr | IIe - IIIe millénaire av. J.-C. | ( Grèce )
 

Cette période révèle l’existence de marines fiables et adaptées aux besoins de leur époque. Leur évolution importante est révélée par de nombreux documents variées.

Les bornes chronologiques présentées sont volontairement floues car les populations ne sont pas passées brutalement d’une culture à l’autre. Elles ont connu des temps de transition plus ou moins longs selon les contextes locaux, périodes qu’il faut bien prendre en compte pour la compréhension des sociétés anciennes (et actuelles ...).

Cette période est caractérisée par le développement des techniques de construction navale. On passe ainsi de la pirogue monoxyle au grands navires complexes de voyages au long cours. Peut être les découvertes archéologiques feront-elles évoluer les bornes de cette périodes mais l’essentiel de l’évolution se joue à cette période.

L’évolution mentale

Passer de la pirogue limitée à la longueur d’un arbre à un navire en plusieurs pièces dont les limites deviennent indépendantes de la longueur de ces arbres n’est pas une étape évidente. Le premier qui a proposé l’idée d’élaborer une embarcation en plusieurs pièces a dû être pris pour un fou tant les difficultés techniques qui l’attendaient étaient grandes. On imagine bien les conflits qu’il a pu avoir avec les spécialistes des arbres adaptés au creusement : un arbre fin comme le pin devait aussi exploitable que le robuste chêne d’envergure centenaire.

L’évolution du volume embarqué a également modifié les conceptions de la marine. Si sur terre il suffit de préparer plusieurs bêtes de somme et leurs accompagnateurs, sur mer la taille de l’embarcation limite les possibilités. Si un tronc évidé permet à 2, 3 ou 4 personnes de s’embarquer avec un chargement, comment imaginer qu’un jour on pourrait concevoir une embarcation 20, 30 ou 40 individus ? Il aurait fallu trouver l’arbre immense et exceptionnel, mais en tout cas il était impossible d’en imaginer un grand nombre.

L’évolution des techniques

L’outillage nécessaire à la réalisation de navires de plusieurs pièces longues et lourdes devait permettre leur réalisation. Il faut pouvoir prendre des mesures, pouvoir les reporter sur une autre pièce et en conserver la mémoire. Il faut pouvoir non plus creuser mais couper, percer et ajuster. Il faut pouvoir maintenir les pièces pendant qu’on les fixe ensemble. Il faut aussi les sélectionner et les protéger pour augmenter leur temps de résistance à l’usure en mer. Il faut aussi pouvoir assurer l’étanchéité durable du navire. Il faut aussi résoudre le problème des provisions.

C’est sans doute à cette époque qu’on apprend aussi à maitriser la force du vent au travers d’une voile pendue à un mat. Il existe peu de documents sur le sujet mais il a bien fallu qu’un jour quelqu’un conçoive le lien entre le vent, la vole et le bateau. Puis il a fallu plusieurs essais pour aboutir au gréement de navires complexes.

Quant aux techniques de navigations longues et régulières il a fallu tout apprendre et tout transmettre de génération en génération. Tout un nouveau champ de savoirs devait être maitriser. Des expériences, des observations, des discussions ont été nécessaires pour aboutir à une aisance des déplacements au long cours.

L’évolution des besoins

Mais pourquoi avoir voulu des embarcations toujours plus grandes ? Si les besoins avaient toujours été les mêmes, si les résultats n’avaient pas été au rendez-vous, il n’y aurait jamais eu besoin d’embarcations plus grandes. Le apports de la marine ont donc pu être mesurés et appréciés. C’est parce qu’on obtenait des résultats satisfaisants qu’on a chercher à les amplifier.

Qui pouvait en avoir besoin ? Les populations nomades n’ont pas besoin de navire. Leurs déplacements terrestres suffisent à couvrir leurs besoin. Ce sont donc les populations sédentaires qui ont eu recours au transport maritime. Il permettait à une petite partie seulement de la population de se déplacer et de transporter sur mer bien plus de choses qu’une personne seule, de la même manière que les ânes ou les mulets sur terre.

La sédentarisation complète d’une société restreignait se capacité d’approvisionnement à son territoire proche. La seule manière d’augmenter la variété de ses biens était l’échange avec d’autres populations plus ou moins lointaines. Ainsi chacun pouvait se procurer ce qui lui manquait en échange de ses surplus. La volonté de posséder des biens variés (alimentaires ou prestigieux) a poussé aux relations entre les populations. Dépasser l’autosuffisance tout en restant sédentaire nécessitait l’usage du voyage occasionnel terrestre et maritime.

Sans doute la réussite globale (car il a dû y avoir des échecs et des membres du groupe qu’on n’a jamais vu revenir) était bien supérieur aux échecs. Il était alors possible d’imaginer toujours plus et peut être de comparer avec le voisin. Ainsi est né le besoin.

L’évolution des capacités de commandement

Pendant l’Age du Bronze on observe également une spécialisation des navires. Certains sont spécialisés pour le transport. Ils présentent une forme déjà plus arrondie pour augmenter le volume des marchandises transportées. Ce qui ne veut pas dire que l’usage de ces bateaux a toujours été purement pacifique : on a pu aussi transporter des vivres et du matériel de guerre.
On voir aussi apparaitre des bateaux de guerre adaptés aux besoins de la guerre : rapides et indépendants des contraintes des vents. Ainsi les bateaux longs sont-ils plus étroits et plus légers. Ils permettent d’embarquer moins de matériel et de vivre. Leur usage doit dons se faire sur un temps plus court. Mais la propulsion à la pagaie puis à la rame leur apporte une autonomie appréciable pour des objectifs militaires répondant à des besoins très particuliers. Un chef militaire se devait de pouvoir utiliser un bateau dès sa décision prise.

Homère nous montre bien dans l’Illiade que la décision politique d’un seul homme pouvait permettre le rassemblement d’une flotte importante. Chaque roi devait avoir l’habitude de réunir des navires de son royaume pour ses objectifs. Il n’en était donc pas l’unique propriétaire. Mais ce que montre Homère c’est une capacité exceptionnelle de rassembler des navires des tous les royaumes alliés. Les mycéniens se sont donnés les moyens de répondre à des besoins gigantesques. Ils sont passés de royaumes modestes aux capacités maritimes limités à quelques dizaines de navires, à une flotte jamais égalée. Le nombre des guerriers est découlait ...

Les traditions navales observables

Il a sans doute existé plusieurs traditions dans la fabrication de navires standardisés. Le savoir-faire des charpentiers de marine leur permettait de construire des navires semblables, reproduits et légèrement améliorés sur de longues périodes. Petit à petit ils ont développé des savoirs-faire régionaux non dénués d’influences extérieures au fur et à mesure des rencontres.

Le navire de type Syros est sans doute le plus répandu dans l’Egée au cours du IIIe millénaire.

Pendant environ mille an, à partir du milieu du IIIe millénaire environ, la thalassocratie minoenne s’est appuyé sur une marine diversifiée. Si elle a sans doute servi à des fins militaires, elle apparait le plus souvent seule, comme un thème autonome. Le voyage de la grande fresque de Théra a l’apparence d’un déplacement pacifique. Les bateaux minoens connus sont variés et peuvent être groupés selon leur typologie

Le navire de type Tragana a été développé par les mycéniens à la fin du IIe millénaire. Dans la plupart des représentations il est particulièrement associé aux combats navals.



Bibliographie :


L. Basch, Le musée imaginaire de la marine antique (MIMA), Institut hellénique pour la préservation de la tradition nautique, Athènes , 1987
 
 
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