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La Victoire de Samothrace
13 novembre 2009 | par Francis Leveque | réf. : fr.464.2009
Début du IIe siècle av. J.-C. | [fr] sculpture
Samothrace, Iles de l’Egée ( Grèce )

Monument le plus célèbre et le plus mystérieux de l’Antiquité maritime, la victoire était placée au point le plus haut du sanctuaire de Samothrace.

 

Très célèbre dans l’Antiquité, le sanctuaire de Samothrace regroupe plusieurs édifices destinés au culte des Grands Dieux et aux cérémonies des Mystères. Il se trouve sur l’île de Samothrace au nord de la mer Egée, à proximité des côtes de Thrace et de l’entrée du détroit du Bosphore.

Sur la colline ouest arasée en terrasse est érigé un long portique, entouré par des bâtiments et des offrandes dédiés par de riches pèlerins. A son extrémité est creusé à flanc de colline un renfoncement pour installer le monument de la Victoire, à l’endroit le plus haut et le plus reculé du sanctuaire. Le socle et la statue se présentait de biais, dans un bassin où coulait une fontaine de sorte que le navire se reflétait sur l’eau. Elle est ainsi extrêmement bien mise en valeur.

La statue, en marbre de Paros, est découverte en morceaux le 15 avril 1863 par Charles Champoiseau, vice-consul de France par intérim à Andrinople, au cours d’une mission d’exploration. La déesse de la Victoire (Nikè en grec) apparaît sous les traits d’une femme ailée dressée sur la proue d’un navire.

Datation

Aucun témoignage antique n’évoque la statue. Celle-ci ne peut donc être datée qu’en fonction de son style et de comparaisons. La cité de Lindos, sur l’île de Rhodes, dispose de monument en forme de bateau dont le type ressemble à celui de Samothrace.

La comparaison trop rapide avec une monnaie de Démétrios Poliorcète montrant une Victoire sur une proue de navire et datée de 306 av. J.-C., a très souvent suscité l’assimilation erronée par facilité.

Il est maintenant généralement admis de voir en cette Victoire un monument rhodien, en commémoration d’une victoire telle que celle de Cos (v. 261 av. J.-C.), de Sidè ou encore de Myonnisos (toutes deux en 190 av. J.-C. contre la flotte d’Antiochos III de Syrie).

Le bateau

Le bateau et le socle sont en marbre de Lartos, gris veiné de blanc, village sur la côte sud-est de l’île de Rhodes. Le socle lui-même, figurant le navire, est constitué de six dalles sur lesquelles s’empilent trois rangs de blocs maintenus solidaires par des goujons. Le deuxième rang se dédouble pour représenter les caisses de rames.
La statue était posée sur le rang supérieur.

La base de la Victoire de Samothrace représente l’avant d’un bateau de guerre. Tite Live (livre XXXVII, 23, 4) précise que la flotte rhodienne victorieuse en 191/190 se composait de 32 quadrirèmes et 4 trières. Il est donc vraisemblable que le monument de Samothrace représente le type de navire privilégié de Rhodes. Or le sculpteur ne pouvait représenter le navire dans ses proportions réelles sans réduire l’importance de la statue. Or c’est elle qui devait être mise en valeur, ne l’oublions pas ! Le navire est donc une quadrirème de taille réduite.

Des caisses de rames particulièrement bien conservées, structures en bois construites en saillie le long de la coque, servaient d’appui à toutes les rames. Basch explique que les rames devaient toutes reposer sur le même apostis, cette poutre épaisse qui est la base de la caisse de rame. Sur l’apostis, chaque rame repose sur une petite pièce plane : le tolet. Ces tolets devaient avoir pour chaque rang des épaisseurs différents.

L’apostis reposait sur une pièce de bois courbe qui sortait de la coque en porte-à-faux au dessus de l’eau : les bacalats. Ils étaient ensuite recouverts d’une longue planche (la boutasse) qui empêchait à l’eau d’entrer dans le navire.

Les 2 extrémités de l’apostis reposaient sur une pièce plus puissantes encore que les baccalats : les épotides. Ces pièces étaient renforcées par une antéride de chaque côté. L’ensemble renforçait la structure et prévenait des chocs sur les caisses de rames. Thucydide (VII,36) explique comment les syracusains l’utilisaient aussi comme armes offensive contre la flotte athénienne en 413.

La préceinte haute entrait dans la caisse de rames et croisait donc las baccalats. Cette longue poutre devait être endentée. Une autre poutre nommée la "corde" parallèle et endentée également devait maintenir le baccalats par le dessus. Ceux-ci étaient donc fermement fixés.

La partie supérieure de la caisse de rame est plus incertaine : était-elle fermée par un plan incliné ? Celui-ci interdisait alors à tout soldat de marine de s’y maintenir et empêchait l’abordage.

La forme de la caisse de rame épouse à peu près celle de la coque et ne présente pas (en plan) une forme rectangulaire bien droite.

Les sabords de nage sur la paroi extérieure sont les ouvertures oblongues percés sur la caisse de rames et disposés sur deux rangs superposés et décalés. Leur forme permettait de faire passer les rames (avec leur pale) pour les installer depuis l’intérieur. Ils mesurent 330 mm de long sur 82 mm de haut. Basch compare ces mesures à celles du XVIIe s. quand le diamètre était de 100 mm et la pale large de 190 mm. Il semble vraisemblable que ces mesures soient celles des sabords grandeur nature.
Basch remarquait également une profondeur différente de la sculpture des sabords entre les 2 extrémités de ceux-ci et une taille oblique de bords. Cela permettait de laisser du jeu aux rames et de les laisser se ranger le long de la galère au fil des flots. On évitait ainsi de les rentrer sans pour autant ralentir la marche du navire.

Les éperons de la base de Samothrace ont malheureusement entièrement disparu.

L’ornement de proue qui terminait l’étrave à l’avant du navire est brisé lui aussi.

En conclusion, nous admirons une œuvre d’art et non une reproduction à l’échelle 1:1. Il faut donc rester critique sur l’apport historique et technique.

 
                                                     


Bibliographie :


Carlini, Les galères, in Bulletin de l'Association technique, maritime et aéronautique , 1934, pl. E et F
M. Bieber, The Sulpture of the Hellenistic Age , New York , 1955, p. 126
L. Basch, Le musée imaginaire de la marine antique (MIMA), Institut hellénique pour la préservation de la tradition nautique, Athènes , 1987, p. 354-362, n° 747-770
R. R. R. Smith, La Sculpture hellénistique, in coll. « L'univers de l'art », Thames & Hudson , 1996, p. 77-79
M. Hamiaux , Les sculptures grecques, vol. tome II, Département des antiquités grecques, étrusques et romaines du musée du Louvre, éditions de la Réunion des musées nationaux, Paris , 1998, p. 27-40
B. Holtzmann, A. Pasquier, Histoire de l’art antique : l’art grec, Documentation française, coll. « Manuels de l'École du Louvre », Paris , 1998, p. 258-259
, « La Victoire de Samothrace », vol. V, n° 3/43, feuillets pédagogiques du Louvre , 2000
M. Hamiaux, La Victoire de Samothrace, Musée du Louvre, Paris , 2007
 
 
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