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L’épave de Binissafuller
21 mai 2016 | par Francis Leveque | réf. : fr.1427.2016
Milieu du IVe siècle av. J.-C. | [fr] épave
Binissafuller, Baléares ( Espagne )
 

Cette épave a été repérée en 1973 puis fouillée à plusieurs reprises entre 1975 et 2011. Elle a été découverte au sud-est de l’île de Minorque, dans une calanque, à 7 m de profondeur. Datée du IVe siècle av. J.-C., plus précisément entre 375 et 350 av. J.-C.

L’épave a conservé l’un de ses flancs sur 8,80 m de longueur et 1,3 m de largeur, quelques fragments d’une extrémité (sans qu’on puisse déterminer s’il s’agit de l’étrave ou de l’étambot) et une préceinte. La courbure des virures et la réduction de leur largeur montrent que la coque du bateau se fermait à ses extrémités et suggèrent une longueur de 13 m maximum.

La quille n’est pas conservée, seul le bordé a été retrouvé. Il a été construit selon la technique du « bordé premier ».
Les planches sont maintenues entre elles par des tenons et mortaises de 4,6 cm de largeur, 0,7 cm d’épaisseur et 9 cm de profondeur. Les tenons sont fixés par des chevilles coniques de 0,9 à 1,2 cm de diamètre. Les membrures sont liées à la coque par des ligatures externes qui se croisent au dos de la membrure. Les perforations dans les membrures forment un angle de 45°/135° avec le plan du bordé. Certaines conservent encore les chevilles de blocage des ligatures. Cette technique associée à une coque assemblée à tenons et mortaises est inédite dans l’architecture navale antique.
Le seul fragment de membrure encore en place présente une face inférieure plane de 9-10 cm contre 20 cm pour la face supérieure. D’autres membrures isolées sont de section presque cylindriques avec une base plane et étroite. Les virures présentent une épaisseur de 3,2 cm. Les assemblages d’une même virure sont effectués par des joints à sifflet.

Contre la coque un fragment (1,5 m) de préceinte a été découvert. Une virure présentait une encoche rectangulaire (12 x 4 cm) pour recevoir un bau. Une partie au moins de l’extérieur de la coque était couverte de feuille de plomb clouées.

Une fine couche d’enduit (de la cire ?) protège l’intérieur de la coque.

Le bateau transportait quelques centaines d’amphores ibériques provenant de la côte nord de Valence ou du sud de la Catalogne. Leur forme est peu adaptée au transport de liquides, on envisage plutôt des produits solides ou semi-solides tels que des céréales, des salaisons, de la viande, du miel, etc. Elles sont datées de la fin du IVe s. ou du début du IIIe s av. J.-C. Une vingtaine d’amphores comportait une inscription incisée avant cuisson. La plupart sont de simples signes, quelques fois des anthroponymes.

L’analyse des pierres de lest indique une origine probable de Gavarres, sur la côte sud de Gérone, en Catalogne. Elles servaient à compléter et équilibrer la cargaison principale.

Histoire de la technique navale

La technique observée de ligatures des membrures sur le bordé associée à une coque assemblée à tenons et mortaises est inédite dans l’architecture navale antique. Elle est à rapprocher des deux épaves Mazarron et de l’épave du Golo. Les restes de la coques ne permettent pas de connaître la disposition exacte des membrures mais il semble qu’elles ne soient pas continues d’un bord à l’autre. En cela on peut la rapprocher également de l’épave hellénistique de Kyrenia (310 av. J.-C.)

 
        


Bibliographie :


J.C. De Nicolás Mascaró, État actuel de l’archéologie sous-marine à Minorque (Baléares)., in Cahiers d'archéologie subaquatique, 2 , 1973, p. p. 170
, El barco di Binisafuller , in Arqueologia Submarina en Menorca, Madrid , 1977
, Excavaciones arqueologicas submarinas de Menorca, Mahon , 1978
V. M. Guerrero, J. Miró, J. Ramon, L’épave de Binisafúller (Menorca). Un bateau de commerce punique du IIIe siècle av. J.-C., in STUDIA PHOENICIA, vol. 10, Punic Wars, Proccedings of the Conference held in Antwerp from the 23th to the 26th of november 1988, LEUVEN , 1989
X. Mas, O. Machado, C. de Juan Fuertes, J. Torres, C. Parreño, L. Combadiera, R. Piqué, F. Antolin, El pecio de Binissafúller. Estado de las investigaciones. I Congreso de Arqueología Náutica y Subacuática Española. Cartagena, 14, 15 y 16 de marzo de 2013 , 2013
C. De Juan, Les épaves de Mazarron et de Binissafuller. La tradition ibérique d’influence punico-phénicienne, in Dossiers d'Archéologie , vol. 364 , Ports et navires dans l'Antiquité et à l'époque byzantine, Faton , 2014
 
 
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