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L’arc d’Orange
6 août 2009 | par Francis Leveque | réf. : fr.412.2009
4e quart du Ier siècle av. J.-C. | [fr] sculpture
Orange, Gaule ( France )
 

L’arc d’Orange est érigé au nord de la ville, à environ 70 mètres des remparts. La ville, Arausio Colonia Julia Secundanorum, a été fondée par des vétérans de César. Mais l’arc a été édifié plus tard. L’inscription dédicatoire indique clairement que l’arc a été dédié à Auguste, pour la onzième année de son pouvoir tribunicien, soit l’an 12 av. J.-C. Une nécropole s’installera par la suite le long de la voie Agrippa de par et d’autre de l’arc.

Restauré au XIXe siècle, l’arc a conservé l’essentiel de sa décoration, sauf sur la façade ouest. Sur les côtés est et ouest, trois panneaux montrent des trophées d’armes avec des barbares enchaînés. Au nord et au sud, l’architrave avait reçu une inscription en bronze qui a pu être restituée. Sur la façade sud, une frise montre des scènes de combat entre légionnaires et barbares.

À ce décor s’ajoute celui de dépouilles navales où proues, avirons, ancres et aplustres, se mêlent aux sirènes et aux monstres marins, rappelant la maîtrise romaine sur le monde maritime. On y trouve également des éléments rarement représentés avec précision : la poulie double, la passerelle d’embarquement, les enseignes.

La proue. L’arc montre plusieurs proues (2 sur le panneau NE ; 1 sur le panneau NO ; 1 sur le panneau SE) émergeant du fond, jusqu’à la caisse de rames. La face antérieure de ces caisses est ornée d’un buste. Comme à l’époque hellénistique, l’éperon a trois branches, mais l’étrave est d’un type nouveau : elle a un profil franchement concave. La teugue est à peu près horizontale ; il n’y a plus ni stolos de type classique, ni même de « faux stolos », mais une figure de proue en forme de buste humain ou de dragon, posée à plat au sommet de l’étrave.

Le pont. Le bord du pont est protégé par une rambarde à croisillons.

Les stoloi. A côté de ces proues complètes, les panneaux montrent des stoloi isolés (3 sur le panneau NE ; aucun sur le panneau NO ; 2 sur le panneau SE), d’un type absolument classique, se terminant par une volute dans laquelle s’inscrit une figure humaine. Or on constate qu’aucun de ces stoloi isolés ne peut s’appliquer à l’une des proues complètes des mêmes panneaux : les panneaux ont donc été sculptés au moment fugitif où les stoloi classiques n’avaient pas encore sombré dans l’oubli, mais venaient de cesser d’appartenir à l’architecture navale contemporaine pour entrer dans le répertoire ornemental.

Les aplustres sont typiquement romains (2 sur le panneau NE ; 1 sur le panneau NO ; 3 sur le panneau SE) : loin de constituer les pièces terminales des principaux éléments structurels de la galère, ils ne sont plus qu’une pièce décorative en forme de bouquet.

Les éperons isolés (3 sur le panneau NE ; 3 sur le panneau NO ; 1 sur le panneau SE) sont tous du type à 3 branches. Ils sont remarquables par les languettes qui sont figurées du côté de la coque : il faut probablement y voir des éléments de fixation. Une autre particularité de ces éperons isolés est l’échancrure semi-circulaire, destinée probablement au passage de l’hypozôma.

Les ancres (3 sur le panneau NE ; 1 sur le panneau NO ; 1 sur le panneau SE) sont d’un styles bien modernes. Le temps des ancres en pierre est révolu.

Les gouvernails sont (1 sur le panneau NE ; 1 sur le panneau NO ; 2 sur le panneau SE) ont aussi été systématiquement séparés des navires. Aucune poupe n’est représentée, ce qui réduisait l’occasion de les figurer. Comme les stoloi, ils sont disposés comme des éléments de décor. C’était le cas également sur les monnaies où ils symbolisent la force maritime romaine.

Les passerelles sont également comme élément de décor. Parmi elles, deux sont clairement identifiables. D’autres pourraient l’être également. Aucune n’est figuré dans sa position d’utilisation.

Les poulies. Fait beaucoup plus rare : un panneau représente un matereau incliné sur lequel s’enroule, en bon ordre, un corde. Cette corde traverse 2 poulies à 2 trous, ce qui ne peut que représenter un palan.

L. Basch notait que les panneaux de l’arc d’orange ont beaucoup de points de ressemblance avec ceux du Musée du Capitole à Rome, qui, eux aussi, montrent des éléments amovibles des navires. Toutefois, l’un de ces derniers panneaux montre un chénisque, ornement en forme de col de cygne, propre aux seuls navires marchands, totalement absents à Orange.

 
                                                                                                           


Bibliographie :


L. Basch, Le musée imaginaire de la marine antique (MIMA), Institut hellénique pour la préservation de la tradition nautique, Athènes , 1987, p. 426-428, n° 919-926
 
 
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