Haut Empire Romain   :|:   Analyse

Isis, divinité marine

24 août 2013 | par Francis Leveque | *fr | Ier millénaire ap. J.-C. |
 

L’ancienneté d’Isis en Egypte en fait une divinité très populaire mais plutôt liée au mythe de la résurrection d’Osiris, voire à une représentation du trône royal.

C’est d’un événement anodin du mythe d’Osiris que provient sa mutation marine lorsqu’elle est allée jusqu’à Byblos récupérer le cercueil. Elle aurait inventé la voile en utilisant son manteau pour voguer jusqu’en Phénicie et revenir en Egypte.

L’invention de cet attribut marin d’Isis sans doute au IIIe s. ap. J.-C., sans doute par la reine grecque Arsinoe II et ses proches, notamment son amiral, Callicratès de Samos. Dès lors Isis entre dans le Panthéon grec puis romain.

Le premier témoignage du thème de l’« Isis à la voile » provient de Byblos son amiral, Callicratès de Samos. L’Isis au gouvernail est une variante de cette même idée de divinité marine. Mais la voile révèle l’aspect moteur du navire, celui de la capacité à se déplacer sur les flots. Le gouvernail, lui, est le symbole de la maitrise de la navigation qui permet de déterminer son itinéraire.

A la période romaine, le monnayage alexandrin et plusieurs gemmes mettent clairement en relation Isis avec la flotte frumentaire alexandrine, placée ainsi sous la triple protection de Déméter, déesse des récoltes, de Sarapis, dieu de la végétation et protecteur des marins, enfin d’Isis. Elle est garante du bon acheminement de la cargaison, renforcée par l’iconographie du phare.

“Si les images la déterminant sont plurielles, les qualificatifs qu’on lui attribua pour manifester les facettes diverses de cet aspect le sont aussi. Mais ils ne peuvent être employés comme autant de synonymes. Il faut sans doute réserver l’épiclèse Pharia à l’Isis alexandrine, iconographiquement le plus souvent accompagnée Monnaie alexandrie an 18 hadriendu Phare, en tant que protectrice de la flotte frumentaire qui transporte le blé d’Égypte en Italie. L’épiclèse Euploia, employée surtout à l’époque hellénistique, comme celle de Pelagia qui fleurit essentiellement à l’époque impériale, renvoient plus généralement à Isis inventrice de la navigation et protectrice des marins. La polysémique Sôteira recouvre très certainement à l’occasion, notamment dans l’espace égéen, la même fonction salvatrice, et l’on s’adresse à elle à l’issue d’une traversée heureuse.” (Laurent Bricault)

Avant un départ en mer, il était de coutume d’offrir un présent à la déesse pour s’assure sa protection : images sur le thème d’« Isis à la voile », de petites ancres, des représentations d’animaux marins, des lampes, etc. Au retour, pour la remercier de sa protection on pouvait également lui faire des présents similaires. On pouvait également conserver sur soi, en pendentif, un signe de son respect et de sa demande : des gemmes, des intailles, ou tout simplement des pièces de monnaie au type d’ « Isis à la voile » trouées pour être portées sur soi avec une chaînette comme une amulette.

Des lampes naviformes (en forme de navire) retrouvées dans les temples interpellent. On en a trouvé à Ostie, Pouzzoles, Carthage, Gigthis, etc. Elles ne devaient pas avoir un rôle pour le culte d’Isis. Alors quel lien existait-il avec le monde marin ? D’autres exemplaires ont été retrouvés dans des tombes athéniennes.

Chaque année étaient célébrées 2 fêtes en l’honneur d’Isis. Le Navigium Isidis était fixé au 5 mars, au moins dès le Ier siècle av. J.-C. en Méditerranée orientale. Au cours de la célébration les navarques sous l’autorité d’un triérarque interviennent sans doute pour ouvrir la saison de la navigation.

Le Sacrum Phariae était fixé au 25 avril. Il doit certainement être mise en relation avec l’arrivée à Ostie de la flotte frumentaire placé officiellement sous la protection d’Isis et de Sarapis, que l’on célèbre en Égypte à la même date.

“La popularité d’Isis ne paraît pas s’être démentie jusqu’à la fin du IVe siècle, ainsi qu’en témoigne le petit monnayage de bronze frappé à l’occasion des Vota Publica romains. D’ailleurs, si l’on en croit Végèce et Jean le Lydien, le Navigium Isidis était célébré encore au Ve, voire au VIe siècle.” (Laurent Bricault)



Bibliographie :


L. Bricault, Isis, Dame des Flots, thèse Histoire Ancienne,Paris 4 , Université Paris 4 , 2006
J.L. Podvin, L. Bricault, Luminaire et cultes isiaques , M. Mergoil, Montagnac , 2011
L. Bricault, Les cultes isiaques dans le monde gréco-romain, Les Belles Lettres, Paris , 2013
 
 
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