De la même période
Croissant fertile

  Croissant fertile   :|:   Analyse

Enkomi-Alasia, port de commerce et port de guerre chypriote mycénien de l’Age du Bronze

13 avril 2015 | par Francis Leveque | *fr | XIIe siècle av. J.-C. | Enkomi, Chypre ( Chypre )
 

Alasia apparait dans l’Histoire au travers de quelques documents hittites ou égyptiens. Royaume portuaire engagé dans les guerres contres le Peuples de la Mer, la ville est abandonnée ensuit (XIIe s.). Il semble qu’on puisse l’identifier à Enkomi.

Enkomi (Tuzla en turc) est un village situé sur la côte est de l’île de Chypre, près de Famagouste. Le site, occupé à l’Âge du Bronze (XIXe-XIe siècle av. J.-C.), est constitué d’une importante ville entourée de remparts cyclopéens.

L’identification
René Dussaud a démontré que Enkomi est la « Alasia » de la correspondance d’El Amarna et d’autres textes, y compris les textes hittites. Une publication de Goren et al. en 2003 sur les tablettes envoyées par Alasia a montré l’origine chypriote de ce royaume, mais il le rapprochait plutôt du site de Tenta découvert en 1974 par Porphyrios Dikaios, à 4 km au sud de Kalavasos sur la côte méridionale de Chypre.
Pourtant, bien après que la ville d’Enkomi a disparu, les Hellènes ont rappelé dans le titre du culte d’Apollon Alasitas le lien entre Enkomi et Alasia, dans une inscription du IVe siècle av. J.-C. La provenance exact du cuivre ne pouvant justifier une capitale politique mais plutôt être la preuve de liens commerciaux, je conserve l’identification d’Enkomi avec Alasia en attendant que l’archéologie apporte d’autres arguments au débat.

Economie
Il a été un centre important d’exportation du cuivre et a entretenu des rapports étroits avec Ougarit. Une lettre d’Armana fait référence à 500 talents de cuivre (probablement environ 12,5 tonnes) et fait des excuses pour expliquer pourquoi si peu de cuivre a été envoyé à Pharaon. En retour Alasia recevait de l’argent et de l’ivoire. Ce que nous appelons du commerce entre Chypre et l’Egypte se pratiquait donc souvent sous la forme d’échanges de cadeaux entre les souverains qui redistribuaient ensuite dans leur royaume.

Ces transports de métaux ne pouvaient se faire qu’à l’aide de navire de transport robustes et conçus à cet effet. Sans doute les documents issus d’Enkomi sont-ils les témoins de cela. On y connait l’usage de bateaux ronds pour le transport et de bateaux longs pour la guerre.

La fin de l’occupation du site
Une tablette hittite parle d’une bataille navale à Alashiya par le roi hittite Suppiluliuma II, dernier roi connu du Nouveau Royaume de l ’Empire hittite qui régna de 1207 à 1178. Suppiluliuma II a demandé l’aide d’Ougarit pour lutter contre les Peuples de la Mer et les Gasgas venus de l’ouest à la fin des années 1170.

« L’ennemi [avance (?)] contre nous et il n’y a pas de nombre [...]. Notre nombre est pur (?) [...] Ce qui est disponible, recherchez-le et envoyez-le moi », tablette d’Ougarit (Astour, AJA 69 (1965), p.256)

Ammurapi, dernier roi d’Ougarit, allié de Suppululiuma II, a alors demandé de l’aide à Eshuwara, le roi d’Alashiya :

« Mon père, voici que les navires de l’ennemi sont venus (ici) ; mes villes (?) ont été incendiées, et ils ont fait beaucoup de mal à mon pays. Mon père ne sait-il pas que toutes mes troupes et mes chars (?) sont en pays hittite, et que tous mes vaisseaux sont dans le pays de Lukka ? . . . Ainsi, le pays est abandonné à lui-même. Mais, mon père le sait : les sept navires de l’ennemi qui est venu ici nous ont infligé beaucoup de dommages. » (Jean Nougaryol et al. (1968) Ugaritica V : 87-90 no.24)

Au final, le site a été abandonné au XIe s. av. J.-C. au profit de la ville voisine de Salamine.



Bibliographie :


A.S. Murray, A.H. Smith, HB. Walters, Excavations in Cyprus, British Museum Press, Londres , 1900
C. Schaeffer, Nouvelles découvertes à Enkomi (Chypre), Académie des Inscriptions et Belles Lettres, Paris , 1949
C. Schaeffer, Enkomi-Alasia , Paris , 1952
J. Lagarce, E. Lagarce, J. C. Courtois, Enkomi et le bronze récent à Chypre, Fondation A. G. Leventis , 1986
Y. Goren, S. Bunimovitz, I. Finkelstein, N. Na'aman, The Location of Alashiya, Petrographic analysis of the tablets, in American Journal of Archaeology, vol. 107 , 1993
A. B. Knapp, Near Eastern and Aegean Texts from the Third to the First Millennia BC. Translations of all 122 Bronze Age and early Iron Age texts, in Sources for the history of Cyprus, Institute of Cypriot Studies , 1996
 
 
© 2008-2014 Francis LEVEQUE - |