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Console parisienne en forme de proue de navire
29 octobre 2016 | par Francis Leveque | réf. : fr.1576.fr
Début du IIe siècle ap. J.-C. | [fr] sculpture
Paris (Lutecia), Gaule ( France )
 

Ce bloc de calcaire a été découvert vers 1862-1864 au Palais de Justice de Paris, dans l’ancienne Cour des Comptes, au sud-ouest de la Sainte-Chapelle, trouvée en remploi dans un massif de maçonnerie du XVIe siècle qui maintenait un pilier dans une pièce située au rez-de-chaussée du pavillon Henri II. Égarée depuis, elle a été retrouvée par Mme Durand-Lefebvre en 1941.

Dimensions :
- Hauteur : 23 cm
- Largeur : 23 cm
- Profondeur : 32 cm

« La proue est taillée dans une pierre blanche ressemblant à du marbre à s’y méprendre, et dont on trouve l’analogue à Bourré (Oise). Il s’agit d’un bloc architectonique dont la queue est cassée, mais qui était fait pour être engagé dans une paroi, car l’objet ne peut reposer sur la quille aiguë du navire.

Au sommet, un trou de scellement carré nous indique que la proue supportait un autre élément, colonnette, petit pilastre ou statuette. La proue est trop petite pour supporter la retombée d’une voûte : ce n’est donc point une console. C’est plutôt un ornement, fixé au mur d’un monument dont la nature est impossible à définir, et qui se trouvait sur l’emplacement du plus ancien palais de l’île, dont il faisait peut-être partie.

A la base de la proue, qui est assez peu ventrue, une cassure ovale dont les bords constituent un départ de relief nous invitent à restituer un éperon. Une mince préceinte double est surmontée d’un bastingage à croisillons de chaque côté. Les deux flancs sont décorés de sujets identiques, qui ne sont pas inhérents au navire, mais représentent une scène indépendante : sur les flots ondulés vogue un centaure de mer (torse humain, train de cheval avant, queue recourbée de monstre marin, tête barbue à longs cheveux, portant des cornes, peut-être des pinces de homard), le bras droit levé main ouverte, la main gauche tenant un objet plat et rond, probablement une patère. Sur sa croupe est assise une femme, de dos, dont la main gauche levée au-dessus de la tête tient un voile qui retombe le long de son côté gauche et, laissant le dos découvert, passe sous elle pour venir recouvrir les genoux. Le couple est classique : une Néréide, ou Amphitrite, et Océan. Il est précédé d’un Amour qui tient de sa main gauche Vumbella et, les jambes élégamment croisées, la tête tournée vers Océan, guide sa marche : on le retrouve en tête du cortège d’Amphitrite sur des documents du Ier siècle. Il ne vole point, parachutiste avant la lettre, à l’aide de Yumbella : il la porte solennellement, comme les petits pages porte-parasols si chers à l’Orient.

D’après les caractères de la sculpture (absence de trépan, excellente qualité du style, coiffure de la Néréide), Mme Durand-Lefebvre propose avec raison de dater cette pièce de choix de la fin du Ier siècle ou du début du IIe. Nul doute que, au contraire des reliefs précédents, cette proue de navire, unique, elle aussi, en son genre, ait, comme les consoles du « Palais des Thermes », quelque rapport avec la navigation parisienne. » (P.M. Duval)

 
     


Bibliographie :


P.M. Duval, Proues de navires de Paris, in Gallia , vol. 5 , 1947, p. 139-140
 
 
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