Grèce siècles obscurs   :|:   Synthèse

Athènes : les céramiques du Dipylon

30 septembre 2012 | par Francis Leveque | *fr | céramique | VIIIe siècle av. J.-C. | Athènes, Attique ( Grèce )
 

Les grands vases funéraires trouvés dans le cimetière du Céramique, proche du Dipylon (la Double Porte) sont datés entre 770 et 750 av. J.-C. Le nom de "Maître du Dipylon" provient du lieu de découverte de l’ensemble céramique : le cimetière antique du Dipylon, près de la porte du même nom, à l’entrée de la nécropole du Céramique à Athènes..

Ces vases, principalement des amphores et des cratères, montrent des silhouettes humaines au sein de scènes funéraires ou guerrières. L’apport essentiel du géométrique récent (770-700 av. J.-C.) est, après la longue parenthèse des « Ages obscurs », la réintroduction de la figure humaine dans le répertoire iconographique des vases.

Le Maître du Dipylon

L’art géométrique trouva son apogée sur les vases dits du Dipylon. Il s’agit des premières formes de monuments funéraires. Cette tendance à une expression monumentale est présente partout et les vases atteignent parfois la hauteur humaine. Les dimensions et le décor des vases affirmaient les valeurs et la richesse du mort.
Conçus vers 750 av. J.-C. à Athènes, les amphores pour les femmes, et les cratères pour les hommes, sont placés comme séma, des signes, sur les tombes des notables du cimetière qui se trouve dans la zone du Céramique près de la Double Porte (Dipylon). C’est par le nom conventionnel de "Maître du Dipylon" que l’on nomme le premier grand peintre de vases du monde grec, qui travailla entre 770 et 750 av. J.-C. au Céramique, le quartier voisin des céramistes. Nous pouvons penser qu’il était également potier, tant le dessin épouse à la perfection les formes des ses vases. Une cinquantaine d’œuvres lui sont attribuées, dont plusieurs de grandes dimensions (amphores, cratères ou œnochoés).

Les scènes narratives

Les scènes figurées font leur apparition durant le Géométrique récent (770-700 av. J.-C.), avec le plus souvent des scènes funéraires d’exposition du mort (prothésis) ou des cortèges conduisant le mort sur un char jusqu’à son lieu de crémation ou d’inhumation (ekphora). Des scènes de navigation et de combats navals ou terrestres, ainsi que des défilés de chars, sont des sujets également prisés des peintres. Souvent, des serpents façonnés en argile, "symboles" funéraires du cercle éternel de la vie, entourent l’embouchure, les anses et la panse.
La scène représentée sur la panse du vase du Louvre décrit la prothésis, qui a lieu le deuxième jour après le décès. Le mort repose sur un lit d’apparat, couvert d’un linceul orné de damier, qui laisse le corps visible. Il est entouré de ses proches et des pleureurs, assis ou agenouillés autour de la couche, se lamentant et portant les mains vers la tête. Les guerriers sur leur char, qui encadrent le lit du mort, et le bateau de guerre figurant sous l’anse complètent le système décoratif géométrique, et affichent au complet les valeurs militaires de la noblesse athénienne.

Les figures géométriques

Les premières figures humaines ne sont que des esquisses de silhouette : le visage est présenté de profil, occupé entièrement par un œil ; le corps, en forme de triangle, est vu de face ; les bras, de simples lignes, sont portés levés vers la tête dans l’attitude de lamentation propre aux scènes funéraires ou portant des armes ; les jambes sont longues et les cuisses très marquées. Le peintre n’essaie pas de représenter ce qu’il voit : le char est représenté avec ses quatre roues ; le mort étendu sur le catafalque est vu de face ; le tissu qui le couvre présenté comme une tenture, au-dessus de lui. La difficulté à traiter la scène en profondeur est contournée par une superposition de plans, procédé qui reste en vigueur jusqu’à la découverte de la perspective à point de fuite à la fin du Ve siècle. Le cratère du musée du Louvre est un magnifique exemple de l’art du Maître du Dipylon.

L’« inscription du Dipylon »

Sur une œnochoé (cruche à vin), trouvée en 1871 et exposée au Musée archéologique national d’Athènes (inv. 192), figure l’« inscription du Dipylon ». C’est un texte assez court figurant sur un vase grec datant de 740 av. J.-C. approximativement. Cette inscription constitue, avec celle de la « Coupe de Nestor », le plus ancien exemple connu de l’usage de l’alphabet grec.

source : http://www.louvre.fr

Bibliographie
- DENOYELLE Martine, Chefs-d’oeuvre de la céramique grecque dans les collections du Louvre, Editions de la Réunion des musées nationaux, 1994, p. 18, n 4.
- MARMOIS Sophie, Les rites funéraires grecques à travers la céramique, feuillet pédagogique n 3/18.
- AHLBERG-CORNELL Gudrun, Prothesis and Ekphora in Greek Geometric Art, ed. Paul Aströms, 1971.
- BOAEDMAN John, Aux origines de la peinture sur vase en Grèce, Thames & Hudson, 1999.



Bibliographie :


 
 
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